Ces derniers jours, les fonctionnaires du ministère des Finances japonais assistent, désemparés, à la baisse continue du yen face au dollar américain. Le 30 juin, le taux de change entre les deux monnaies s’est établi à 1 dollar pour 162 yens. “Jamais depuis 1986, c’est-à-dire il y a trente-neuf ans, la valeur du yen n’a été aussi faible”, constate la chaîne publique NHK.
Le constat est d’autant plus grave que le gouvernement japonais, soucieux d’endiguer le phénomène, est intervenu à plusieurs reprises sur le marché des changes entre le 28 avril et le 27 mai, dépensant au total 11 730 milliards de yens (63 milliards d’euros), sans parvenir à renverser la tendance.
Signe encore plus alarmant : en taux de change effectif réel (indicateur qui permet de mesurer la valeur d’une devise par rapport à celles de ses partenaires commerciaux), le yen ne vaut plus désormais que la moitié de ce qu’il valait en 1986. “À l’époque, l’économie japonaise était puissante, tout comme sa devise. De nos jours, on assiste à un processus continu de dépréciation du yen”, explique Masahi Hashimoto, chercheur à l’Institut pour les affaires monétaires internationales, au quotidien Asahi Shimbun.
Si le taux de change actuel fait le bonheur des touristes étrangers au Japon, il risque d’aggraver l’inflation et de réduire le pouvoir d’achat des Japonais. Car, en matière d’énergie comme d’alimentation, l’archipel dépend des importations.
Baisse globale de la compétitivité
Comment expliquer la faiblesse historique du yen ? La chaîne de télévision TBS l’attribue à la différence des taux d’intérêt directeurs entre le Japon (1 %) et les États-Unis (3,75 %). “En achetant du dollar, les investisseurs peuvent espérer un meilleur rendement. Ils sont de plus en plus nombreux à vendre des yens pour investir dans le dollar”, explique la chaîne.
À quoi s’ajoute la politique de la Première ministre Sanae Takaichi, qui s’emploie à stimuler l’économie du pays par des mesures budgétaires expansionnistes. Alors que la dette publique du pays représente 250 % de son PIB, cette approche “accentue les inquiétudes des marchés [sur la solvabilité du pays], ce qui contribue à faire chuter la valeur de la devise”, poursuit la chaîne. D’autant que la cheffe de gouvernement n’explique pas comment elle entend financer ces réformes.
Au-delà de la question des taux d’intérêt et de la politique de Sanae Takaichi, les observateurs soulignent un problème plus structurel : la faiblesse du yen serait une conséquence de “la baisse de la compétitivité du pays”, selon l’Asahi Shimbun. Concurrencé par la Chine et laminé par la crise démographique, le Japon qui dominait les marchés étrangers en exportant partout ses produits n’est plus. En 2025, la balance commerciale de l’archipel, constamment positive jusque dans les années 2000, est dans le rouge pour la cinquième année de suite, s’établissant à −2 650 milliards de yens (14 milliards d’euros), note le site Nippon.com.
Après avoir atteint un seuil historique fin juin, la chute de la devise nippone s’est ralentie. Le 3 juillet, 1 dollar s’échangeait contre 161 yens. Ce qui ne dissipe pas les inquiétudes des médias japonais, qui commencent à évoquer le scénario où 1 dollar s’échangerait contre 200 yens. “Le gouvernement doit regarder la réalité en face : la faiblesse de la devise appauvrit le pays”, met en garde l’économiste Takeshi Ueno dans une tribune publiée par l’agence de presse Reuters.
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