Heureux comme des Nordiques ? Alors que la Finlande a à nouveau été désignée comme le pays le plus heureux du monde, la Süddeutsche Zeitung a interviewé Anders Adlercreutz, ministre de l’Éducation finlandais : pour lui, le bonheur de ses concitoyens est lié à l’école, à la nature et à la confiance, notamment dans les services publics. “C’est peut-être une caractéristique typiquement finlandaise de trouver du plaisir dans les choses simples, explique-t-il. Aller au sauna le samedi, se prélasser au bord du lac les pieds dans l’eau, ce genre de choses. On ne s’attend pas à des numéros de cirque ni à des activités extravagantes.”
Le ministre, père de cinq enfants, ne minimise pas les problèmes que connaît le pays, notamment l’addiction aux smartphones et aux réseaux sociaux ainsi que le harcèlement scolaire. Mais il met en avant le sisu, mot qui signifie “résilience”, laquelle constituerait un trait caractéristique des Finlandais. Selon lui, elle est inculquée dès le plus jeune âge, puisque les enfants sont autorisés, et encouragés, à prendre des risques, à se salir, à jouer dehors par absolument tous les temps.
Dans The New York Times, le journaliste Nicholas Kristof se demande ce qu’on pourrait apprendre du bonheur nordique. Il prend l’exemple de la Norvège, où les hauts salaires et les crèches gratuites feraient pâlir d’envie les Américains. “Vous voulez la sécurité, les soins de santé et le rêve américain ? Tournez-vous vers la Scandinavie”, lance-t-il à ses lecteurs, tout en soulignant le “modèle socio-économique nordique, qui vise à réduire les inégalités, à accroître les perspectives et à optimiser la qualité de vie, en particulier pour les personnes aux revenus les plus modestes”.
À l’inverse de la théorie des économistes libéraux anglo-saxons, pour qui le taux d’imposition freinerait la croissance économique, l’espérance de vie comme le PIB sont plus importants dans les pays scandinaves qu’aux États-Unis. Nicholas Kristof souligne l’importance des politiques publiques mais aussi des valeurs et des normes sociales : “Il s’agit de sociétés traditionnellement homogènes qui perpétuent des valeurs villageoises d’entraide.” Et d’ajouter :
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“S’inspirer des pays nordiques ne se résume pas à augmenter le salaire minimum et à constater une hausse immédiate du bonheur. Il s’agit plutôt d’investir dans le capital humain, de la petite enfance jusqu’à l’enseignement supérieur, en œuvrant sans relâche à élargir les perspectives à tous les niveaux. Tout cela entraîne une hausse des impôts. Mais cela développe aussi les compétences et accroît la productivité des travailleurs.”
Pour autant, le journaliste ne minimise pas les problèmes auxquels sont confrontés les pays nordiques, comme l’immigration, le creusement des inégalités, la criminalité, la pression fiscale, et ce dans des pays relativement homogènes et petits. Le magazine Der Spiegel a d’ailleurs interrogé des expatriés qui quittent la Suède, découragés par le durcissement des règles de naturalisation entré en vigueur le 6 juin 2026. Pour pouvoir demander la nationalité, il faut désormais avoir résidé en Suède pendant huit ans, contre cinq ans auparavant, avoir un revenu mensuel brut d’environ 1 800 euros (sauf pour certaines professions sous-représentées) et passer un test de langue. Les délais d’attente peuvent ensuite aller jusqu’à dix ans.
Alors “oui, la Suède est l’un des pays les plus multiculturels d’Europe” et plus d’un cinquième de la population a des origines étrangères. Mais avec l’adoption des nouvelles mesures, un nombre croissant d’expats ne se sentent plus les bienvenus. Ainsi, après avoir vécu et lancé son entreprise en Suède, Amanda Herzog est rentrée chez elle, aux États-Unis. “Ce n’est pas le havre de paix que [les étrangers] imaginent”, explique la jeune femme, qui raconte avoir constaté une montée de la xénophobie ces dernières années.
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