Jusqu’à présent, “la vie avait toujours été clémente avec José Luis Rodríguez Zapatero”, constate le journal conservateur madrilène El Mundo. L’ancien chef du gouvernement espagnol (de 2004 à 2011) n’avait jamais eu à affronter un “scandale [judiciaire] majeur”, confirme El País, quotidien de centre gauche. Et même si son legs politique divise encore les Espagnols, le socialiste avait toujours dégagé une “certaine sympathie”, du moins aux yeux de la chroniqueuse d’El Mundo Lucía Mendez.

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Pourtant, coupe El Periódico de Catalunya, titre barcelonais, Zapatero porte aujourd’hui l’habit d’un “ange déchu”. Âgé de 65 ans, l’ex-dirigeant est mis en cause par un juge de l’Audience nationale, haute instance pénale espagnole, qui le soupçonne d’être la tête pensante d’un trafic d’influence présumé, en lien avec le renflouement de la petite compagnie aérienne Plus Ultra Líneas Aeréas, basée à Madrid, lors de la pandémie de Covid-19.

Gauche caviar

L’intéressé nie les faits et bénéficie de la présomption d’innocence. Il sera entendu par l’Audience nationale les 17 et 18 juin. En attendant, chaque révélation autour de l’affaire éclabousse le gouvernement de l’actuel Premier ministre socialiste, Pedro Sánchez, qui a réitéré son soutien envers ce proche allié, mercredi 27 mai.

Le dernier scoop date du 25 mai, lorsque la presse a dévoilé le contenu des perquisitions qui ont eu lieu dans les bureaux de Zapatero, au siège du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), à Madrid. Les agents de police y ont saisi, outre des disques durs et des documents, des bijoux et des montres gardés dans un coffre-fort. Son entourage les attribue à des héritages familiaux.

Reste que cette affaire, quelle qu’en soit l’issue, “assombrit sa biographie”, selon El Periódico. Le natif de Valladolid a été (et demeure) “la figure morale et politique la plus influente du socialisme espagnol”, insiste le site El Nacional.cat, proche du mouvement indépendantiste catalan.

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Son passage au pouvoir a transformé “l’architecture sociale de l’Espagne”, puisqu’il a coïncidé avec “la fin du terrorisme d’ETA [l’organisation séparatiste basque a rendu les armes en 2011, puis annoncé sa dissolution en 2018], l’approbation du mariage homosexuel et la promotion des droits fondamentaux”, liste le média.

Zapatero s’est en revanche heurté à la “grave crise socio-économique” de la fin des années 2000, rappelle Público. Une période qui a engendré la mise en place d’une politique d’austérité en accord avec Bruxelles, suscitant un “mécontentement populaire envers le Parti socialiste” en Espagne. Le Premier ministre d’alors ne s’était pas représenté aux élections législatives de 2011, cédant le pouvoir aux conservateurs du PP, alors qu’une gauche “alternative” se formait outre-Pyrénées, dans la lignée du mouvement des Indignés, se souvient Público.

“Bambi”

N’allez pas croire que Zapatero est un “Bambi”, prévient le journal conservateur ABC, en référence à ce surnom qui lui a été conféré pour ses “manières douces, presque mielleuses”, complète El País. Car, outre son bilan au pouvoir très discuté, Zapatero a par la suite noué des liens avec le régime chaviste au Venezuela et avec la Chine, faisant de l’Espagne “le principal bastion en Europe” de ce que le quotidien de droite appelle des “régimes sanguinaires”.

Ce lien avec le Venezuela est dorénavant disséqué par la presse espagnole pour faire la lumière sur le trafic d’influence présumé dont Zapatero est soupçonné. L’affaire place l’Espagne dans une “zone grise”, observe La Vanguardia, journal centriste, “celle d’un pays dépourvu de réglementation encadrant le lobbying des ex-hommes politiques”.