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Libanais, Israéliens, Ukrainiens ou Russes : à Chypre, la délicate cohabitation de frères ennemis
Par Lucas MinisiniReportageFuyant les conflits, ils ont trouvé refuge dans la station balnéaire de Larnaca, où ces diverses communautés opposées par les réalités géopolitiques coexistent pacifiquement, mais à distance. Toutes sont confrontées à une politique migratoire à deux vitesses : pour décrocher un titre de séjour, mieux vaut être un riche investisseur qu’un exilé qui a tout perdu.
Plusieurs voitures de police barrent les accès au quartier de la synagogue de Larnaca, dans le sud-est de Chypre. Pour pénétrer dans l’imposant édifice, qui abrite aussi quelques logements pour les touristes de passage et une épicerie casher aux produits importés d’Israël, il faut présenter son passeport et son sac ouvert à un agent de sécurité privé. Vendredi 19 juin, à l’intérieur du complexe truffé de caméras de surveillance, plusieurs dizaines de personnes prient au soleil couchant avant le traditionnel dîner de shabbat, le jour de repos du judaïsme.
Sous la lumière crue des projecteurs, des enfants courent entre une aire de jeux et un abri de tôle, conservé en souvenir des rescapés de la Shoah. Entre 1946 et 1948, année de la création d’Israël, des dizaines de milliers de survivants, en route pour le futur Etat hébreu, avaient été ainsi retenus sur l’île dans ce type de baraques métalliques. Plusieurs « camps d’internement » avaient été créés et administrés par les autorités britanniques sur la côte de Chypre, colonie du Royaume-Uni jusqu’en 1960 – le pays est désormais membre de l’Union européenne, depuis 2004. Aujourd’hui, dans la partie sud de l’île (la moitié nord est occupée illégalement par la Turquie depuis 1974), vivent plus de 15 000 citoyens israéliens.
Comme une bonne partie de ces habitants, Zeev (qui préfère ne pas donner son nom de famille), 40 ans, s’est installé à Larnaca à la suite des attaques terroristes commises par le Hamas contre des civils israéliens, le 7 octobre 2023. Né à Medellín, en Colombie, il a émigré dans l’Etat hébreu pour les études puis y est resté. Début 2025, ce père de cinq enfants a déplacé toute sa famille aux alentours de Larnaca, à Oróklini, une localité calme, « très juive » et « peu politique ». Il a prévu d’inscrire les plus jeunes d’entre eux dans la première école privée juive de Chypre, financée par la Fondation Yael, une organisation philanthropique israélienne, dont l’ouverture est prévue pour la rentrée 2027.
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