Ancien directeur du Centre d’études et de recherches internationales [CERI] de Sciences Po, je ne puis rester silencieux devant le projet de son évidement et devant l’arrivée en force de l’industrie de l’armement sur la rue Saint-Guillaume.
En 2025, le directeur de Sciences Po, Luis Vassy, a désigné un comité exploratoire sur « les relations internationales [RI], études de sécurité et de défense à Sciences Po ». Son rapport conclut à la nécessité de créer un « vaisseau amiral pour l’étude des RI, sécurité et défense », compte tenu, affirme-t-il, du « décrochage » de Sciences Po en la matière et du « moment géopolitique contemporain ». Ce comité et les conclusions auxquelles il arrive soulèvent de nombreuses réserves.
C’est surtout l’aboutissement du lobbying mené par un « groupe de contacts » d’enseignants en relations internationales qui plaide depuis 2019 pour une meilleure prise en considération de leur spécialité, notamment la géopolitique. Issue de la pensée états-unienne et allemande du début du XXe siècle, celle-ci est encline à réduire la marche du monde à une affaire de puissance entre Etats rivaux. Elle a de nouveau le vent en poupe dans le débat public, à la faveur du retour de la guerre sur le devant de la scène et des ambitions territoriales de Donald Trump ou de Vladimir Poutine. Dans ce contexte, certains enseignants à Sciences Po cherchent à imposer cette perspective au détriment d’une autre approche des relations internationales, bien implantée rue Saint-Guillaume, qui repose sur l’étude des « aires culturelles » ou « régionales ». C’est ce que s’emploie à faire le CERI, en tâchant de mieux comprendre les sociétés étrangères pour elles-mêmes, par le biais de travaux historiques, sociologiques, anthropologiques, de sciences politiques, etc.
Il est stupéfiant qu’un tel comité exploratoire, dans l’université de recherche que prétend être Sciences Po, soit coprésidé par une ancienne ministre des armées, Florence Parly. Elle doit sa présence à un directeur d’établissement qui est lui-même un ancien diplomate, sans aucune expérience professionnelle dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche, et qui s’est entouré, dans ses nouvelles fonctions, de collègues du Quai d’Orsay. Le comité était également composé de personnalités issues du complexe militaro-industriel, si bien que la démarche est entachée de conflits d’intérêts. En revanche, de grands noms de l’étude des relations internationales à Sciences Po n’ont pas même été auditionnés.
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