Le constat ne peut qu’inquiéter ceux qui militent inlassablement pour l’abolition de la peine de mort dans le monde. Jamais le nombre de pays l’ayant supprimée n’a été aussi élevé, mais jamais depuis 1981 les exécutions n’ont été aussi nombreuses. Alors que le 9e congrès pour l’abolition de la peine capitale vient de se tenir à Paris, le baromètre de l’organisation non gouvernementale Ensemble contre la peine de mort (ECPM) met en évidence la bascule qui s’est opérée au cours des quatre dernières décennies, et depuis l’abolition votée en France, en 1981, à la suite de la bataille admirable conduite par Robert Badinter.
A cette époque, les deux tiers des pays représentés aux Nations unies recouraient alors à ce châtiment. Une nette majorité (114) l’a désormais rejetée, à laquelle il faut ajouter la dizaine de ceux qui la réservent à des crimes jugés exceptionnels et la trentaine de pays où un moratoire sur les exécutions est en vigueur depuis au moins dix ans.
En décembre 2024, un nombre record de 130 pays a d’ailleurs adopté la 10e résolution de l’Assemblée générale des Nations unies visant à instaurer un moratoire sur l’application de la peine de mort. Seuls 32 pays s’y sont opposés. Les signaux adressés par le continent africain à ce titre sont encourageants, comme le prouvent les récentes abolitions décidées au Ghana, en Guinée équatoriale, en République centrafricaine, en Zambie et au Zimbabwe, qui a rejoint le camp des abolitionnistes en 2024.
Mais cette tendance salutaire a été contrebalancée en 2025 par la hausse du nombre d’exécutions documentées selon les chiffres convergents des organisations de défense des droits humains : 2 180 en 2025, selon ECPM, 2 707 selon Amnesty International. Ces exécutions se concentrent dans une poignée de pays puisque, d’après ECPM, 90 % ont eu lieu dans trois pays : l’Iran, l’Arabie saoudite et le Yémen. Le régime iranien est d’ailleurs celui qui exécute le plus proportionnellement au nombre d’habitants.
Il faut ajouter à ce sinistre trio la Chine, qui applique, à elle seule, la peine capitale, chaque année, plus que tous les autres pays réunis, tout en refusant de dévoiler des chiffres classés secret d’Etat. La régression à ce sujet de pays du Sahel comme le Burkina Faso et d’Israël, où la peine de mort vient d’être réintroduite pour les seuls Palestiniens par la Knesset, est tout aussi désespérante.
Alors que l’une des dernières décisions du président démocrate Joe Biden avait été de commuer les peines de 37 condamnés à mort au niveau fédéral, le nombre d’exécutions capitales a pratiquement doublé en 2025 aux Etats-Unis par rapport à l’année précédente (47 au lieu de 25 en 2024, et seulement 11 en 2021), ce qui en fait une désespérante exception parmi les pays occidentaux.
Dans les Etats qui ont aboli depuis longtemps le châtiment suprême, y compris en France, le débat sur la réintroduction de la peine de mort pour certains crimes revient régulièrement, dicté par une émotion oublieuse des faits rappelés le 30 juin par le président de la République française présent au congrès pour l’abolition de la peine capitale. « La peine de mort n’a jamais rendu une société plus sûre. Jamais. Parce qu’elle ne dissuade pas. C’est faux. Cela a été montré, observé, mesuré », a déclaré Emmanuel Macron. C’est pourquoi, à l’heure de la grande régression démocratique qui emporte avec elle les fondements de l’Etat de droit, son abolition reste un indispensable combat.