C’est l’une des élections législatives partielles “les plus insolites et les moins tendues” de l’histoire politique du Royaume-Uni qui s’est tenue jeudi à Clacton-on-Sea, dans le sud-est de l’Angleterre, observe The Guardian.

Les électeurs de cette station balnéaire, populaire dans les années 1950 mais aujourd’hui largement assoupie, étaient appelés à départager Nigel Farage, le chef du parti anti-immigration Reform UK, et “des dizaines d’adversaires indépendants, marginaux, extrémistes ou pour le moins excentriques”, écrit le quotidien.

Les bureaux de vote ont fermé à 22 heures (heure locale) et le dépouillement s’est prolongé toute la nuit, avec des résultats définitifs annoncés aux alentours de 6 heures du matin : le dirigeant de droite populiste a largement remporté le scrutin, avec 63 % des voix, contre 27 % pour le candidat parodique Count Binface, arrivé deuxième.

Aucune surprise, donc : les sondages promettaient à Farage “une victoire écrasante, mais sa tentative de présenter les élections comme une lutte du “peuple contre le système” a abouti à un fiasco après que les principales forces politiques ont refusé d’y participer, considérant la manœuvre comme un “cirque” et une “farce”, remarque El País. Plus ou moins tacitement, nombre de responsables de premier plan ont préféré soutenir Count Binface, habitué des élections médiatisés et qui a décroché jeudi le meilleur résultat de sa carrière politique.

“Menace crédible”

De fait, le scrutin a été provoqué par Nigel Farage lui-même. Élu pour la première fois député dans la circonscription en juillet 2024 avec 46,2 % des voix, le chantre du Brexit avait démissionné début juillet, après plusieurs semaines de polémiques sur le financement de son parti, et “précipité la convocation d’élections anticipées afin de se représenter et d’obtenir le soutien des électeurs”, note le quotidien espagnol.

Farage s’est adressé à ses partisans dans la nuit, réaffirmant avoir provoqué cette élection partielle pour remettre son mandat entre les mains des électeurs, rapporte la BBC dans son live. “J’ai provoqué cette élection partielle parce que je voulais que mes juges soient les habitants de Clacton, les électeurs de cette circonscription, et non les grands médias britanniques”, a-t-il déclaré.

“Le verdict est tombé”, a-t-il ajouté, évoquant une victoire “écrasante” et assurant avoir recueilli “bien plus de voix” qu’en 2024 (environ 1 000 suffrages de plus, au final). Farage a par ailleurs renoncé à assister au dépouillement, son parti affirmant, sans plus de détails, que la police avait fait état d’“une menace crédible pesant sur lui”.

Faible participation

“Il s’agira inévitablement d’une victoire nette pour Farage” mais “sans réelle portée”, analyse The Guardian. Et “si le parti Reform présentera évidemment ce résultat comme un plébiscite pour le bilan de Farage dans cette circonscription de l’Essex”, ses opposants “s’empresseront de souligner tout signe d’un résultat inférieur aux attentes ou d’une faible participation”.

Sur ce dernier point, Farage semble avoir d’ores et déjà perdu son pari, note le Daily Telegraph. Car seuls “un peu plus de 44 % des électeurs de Clacton se sont rendus aux urnes, soit une baisse de 14 points par rapport aux élections législatives de 2024”.

The New York Times explique qu’après le retour de Farage à Westminster, les enquêtes sur ses finances seront relancées. Il est “peu probable” cependant que ces dernières soient “rapidement résolues”. Elles pourraient “se prolonger pendant des semaines, voire des mois”, estime le quotidien.

Mais si l’investigation conclut finalement que Farage “a enfreint les règles”, il pourrait alors “être suspendu”, provoquant probablement “une nouvelle élection partielle”, précise le quotidien. Un scrutin auxquels les partis traditionnels ont d’ores et déjà annoncé qu’ils participeraient.