[Cet article est extrait du numéro 1868 de Courrier international, “Moustiques. Comment s’en débarrasser”, en vente du 20 au 26 août 2026]
Sri Lanka Le recours à l’armée
“Chaque année, la dengue sème la terreur”, se désole The Morning. Et cette année peut-être plus encore : au 12 août, un bilan faisait état de 91 059 cas recensés depuis le début de l’année, dont un quart environ en juillet seulement, et de 68 décès. Face à cette épidémie, la pire depuis une décennie, les autorités ont décidé, à la fin du mois de juin, de “déployer des drones militaires et des soldats pour traquer les lieux de reproduction des moustiques”, annonçait le Tamil Guardian. Ces drones sont notamment utilisés “pour inspecter les toits des habitations, des écoles et des chantiers à la recherche de flaques d’eau stagnante où se reproduit le moustique Aedes”. Près de 11 000 lieux de reproduction ont ainsi été repérés et 4 000 établissements mis à l’amende pour les avoir abrités sans chercher à les éliminer. Des militaires ont également été mobilisés pour prêter main-forte au personnel dans certains hôpitaux au bord de la saturation. En 2017, 450 personnes avaient succombé à une précédente épidémie.
Belgique Des appâts à la sueur
À Halmaal, les moustiques sont une vraie plaie. Comme l’explique le quotidien régional Het Nieuwsblad, cette commune à l’est de Bruxelles est bordée de zones inondables. Ce qui, en cas d’été humide, “en fait le terrain idéal pour les moustiques”. “Certaines années, on avait des centaines de moustiques sur les fenêtres et il fallait presque s’habiller en apiculteur pour aller nourrir les poules”, raconte un élu local. La solution proposée par une petite entreprise ? Des bornes en bois, d’un bon mètre de haut. Le dispositif à l’intérieur imite “les signaux qui attirent naturellement les moustiques, explique l’un des responsables. Pensez à l’odeur corporelle, à la transpiration et à d’autres arômes. À l’aide de lampes UV, de ventilateurs et de quelques appâts naturels, les moustiques sont attirés et piégés.” Sans se charger de fournir tous les administrés en bornes, la commune a mené un test qui s’avère probant à double titre : les moustiques sont attrapés, et aucune autre espèce (abeilles, libellules) n’est touchée.
Ouganda Une lotion à base d’herbe-à-chats
“Une lotion antimoustique à base de cataire développée, testée et produite localement affiche une efficacité comparable à celle du DEET [un répulsif très utilisé], et permettrait aux collectivités qui n’ont pas les moyens d’acquérir les répulsifs du commerce de lutter contre le paludisme à moindre coût”, saluait, le 8 juillet, le média kényan The Eastleigh Voice. Plus connue sous le nom d’“herbe-à-chats”, la cataire contient une huile répulsive pour les insectes. Selon les conclusions d’une étude conjointement menée par des chercheurs gallois et ougandais, une lotion avec 6 % d’huile de cataire est tout aussi efficace pour repousser les moustiques que celles avec le DEET. Ce produit chimique est le plus utilisé dans les répulsifs en vente dans le commerce, “des articles qui peuvent être très coûteux, surtout dans les zones rurales impaludées”, fait remarquer Semafor Africa. Aussi, “cette découverte pourrait changer la donne dans la lutte contre le paludisme, l’Afrique représentant 95 % des 600 000 décès enregistrés en 2024”.
Chine Trois solutions valent mieux qu’une
C’est le premier parc “garanti sans moustiques” du pays, avance Zhongguo Keji Wang, le site du “Journal des sciences et technologies de Chine”. Dans l’ouest de Pékin, le site de Yongding a inauguré en juillet un “modèle de prévention et de contrôle tridimensionnel” qui permet de capturer plus de 20 000 moustiques par jour. D’abord, un dispositif “diffuse un gaz attractif, rappelant l’odeur humaine, pour capturer les moustiques”. En parallèle, neuf lampes solaires ont été déployées pour détruire le gros des insectes sans pollution chimique. À ces éléments technologiques s’ajoute la plantation massive de plantes répulsives telles que la cataire, la menthe citronnée et la campanule, dont le parfum “inhibe la reproduction et le regroupement des moustiques”. Enfin, on n’échappe pas aux mesures de contrôle : nettoyage systématique des réceptacles d’eau stagnante et élagage de la végétation du parc pour perturber l’habitat des redoutés insectes. Les autorités de Pékin “procéderont ensuite à une analyse approfondie de ce projet pilote afin de le reproduire dans tous les types de parcs, selon les besoins”.
France Un minidrone façon chauve-souris
Ce bourdonnement n’est pas celui d’un moustique. Au contraire, décrit Popular Science, “c’est son pire cauchemar”. Tornyol, une start-up française, a récemment mis au point un “drone quadricoptère autonome conçu pour détecter et éliminer ces insectes”, explique le magazine scientifique. “Comme une chauve-souris, l’appareil est doté d’un sonar ultrasonique et identifie les moustiques grâce à la signature acoustique du battement de leurs ailes. Il verrouille ensuite la cible et fonce dessus pour lui porter un coup fatal.” Pour ce faire, “il déchiquette le moustique avec ses hélices”. L’engin, qui pèse tout juste 40 grammes est encore en développement mais, au début du mois de juillet, les ingénieurs français ont mis en ligne une vidéo dans laquelle leur invention parvient à pulvériser non pas un moustique mais un papillon de nuit. “Espérons que son sacrifice n’aura pas été vain”, commente Popular Science, qui précise que le drone sera commercialisé autour de 1 000 euros, pourra patrouiller sur 2 hectares pendant trois minutes avant de retourner, tout seul, reprendre des forces sur son chargeur.
Australie Nocif ou pas ? Le verdict d’une IA
Comment savoir si le moustique qui vous tourne autour est potentiellement dangereux ? C’est pour répondre à cette question que le chercheur Kiran Trivedi, rattaché à l’université de Wollongong, au sud de Sydney, “a conçu une IA rudimentaire mais super efficace capable de distinguer un moustique vecteur de maladie d’un congénère sans danger à partir de son bourdonnement”, annonçait, à la fin du mois de juillet, The Sydney Morning Herald. Tout a commencé par son envie de reconnaître le chant des oiseaux à sa fenêtre, à Ahmedabad, en Inde. L’informaticien a élaboré un petit programme après avoir téléchargé différents chants. Il l’a répliqué pour les battements d’ailes des moustiques. “Chaque espèce possède un battement d’ailes unique. Les ailes de l’anophèle, qui transmet le paludisme, battent à une fréquence basse. Celles du moustique commun, qui transmet le virus de l’encéphalite japonaise et celui de la rivière Ross, à une fréquence moyenne. Ce sont celles de l’Aedes aegypti, le vecteur de la dengue, qui battent à la fréquence la plus élevée”, détaille le journal australien. C’est ainsi qu’est né son appareil de détection, “qui est l’une des inventions qui font appel à l’apprentissage automatique minuscule (Tiny ML), une forme d’IA à basse consommation” et qui, selon le Sydney Morning Herald, “présente actuellement une précision de 88,3 %”. Kiran Trivedi espère pouvoir le commercialiser en Inde à 500 roupies, soit 4,5 euros.
États-Unis Bon voisinage
Frustrée de ne plus pouvoir sortir l’été sans se faire dévorer, Michelle Mingrone, une habitante de Washington D. C., a vite su qu’elle ne pourrait pas compter sur les autorités pour lutter contre les moustiques, relate CNN : les moyens manquent dans la capitale fédérale, comme dans beaucoup d’endroits des États-Unis où ils ont récemment proliféré. Aussi a-t-elle lancé un appel à un groupe en ligne de parents du quartier. Avec 1 000 réponses en une semaine, le “Comité des moustiques riquiqui” était né. Son but : mettre en œuvre “une stratégie multiple sans insecticides pour réduire la population locale de moustiques tigres”. En trois mois, “près de 2 000 foyers s’y sont joints en installant des pièges [électriques] et en s’engageant à traiter ou à jeter l’eau stagnante”, raconte une journaliste du Washington Post qui s’y est elle-même associée. Le Comité conseille aussi de remplacer des plantes invasives propices aux moustiques par des plantes autochtones moins hospitalières. S’il n’y a pas encore de données, Michelle Mingrone affirme (comme la journaliste du Washington Post) que les moustiques semblent moins envahissants cette année.