Canicule. “Pas besoin de clim” : les secrets d’une architecture fraîche
Il y a une question qui brûle (littéralement) les lèvres et les corps de tous les Français, et que relaie The Guardian : “Comment garder un bâtiment frais sous un soleil de plomb quand il n’est pas climatisé ?”
Question d’autant plus cruciale que la climatisation – qui engloutit 10 % de l’électricité mondiale et, en rejetant l’air chaud à l’extérieur, réchauffe le voisinage de 1 °C à 1,5 °C – n’a rien d’une solution miracle.
Or des tours à vents au jaali, l’architecture vernaculaire permet, depuis des siècles, de rester au frais.
Le jaali
Ces écrans de pierre ajourée, taillés dans le marbre ou le grès, créent des motifs complexes d’ombre et de lumière, tout en ventilant les espaces intérieurs. Très répandus en Inde, ils se déploient à la manière d’une peau sur les façades du Taj Mahal ou du Mausolée d’Itimad-ud-Daula.
“Une lumière douce filtre par rais à travers la pierre sculptée, pour de sublimes effets d’éclairage et de profondeur.”
Le site de la chaîne britannique BBC
Édifié en 1799, le palais des vents, ou Hawa Mahal, compte 953 fenêtres aux panneaux finement découpés de manière à faire circuler une brise légère, explique le site de la BBC.
“La façade jaali agit comme une protection thermique en réduisant de 70 % le rayonnement direct du soleil, ce qui limite le réchauffement à l’intérieur.”
Sachin Rastogi, architecte et directeur fondateur du ZED Lab, à Delhi, spécialisé dans les bâtiments à consommation énergétique nette zéro, à la BBC.
Près de Koudougou, dans la région du centre-ouest du Burkina Faso, l’architecte Diébédo Francis Kéré, lauréat du prix Pritzker 2022, a pensé un orphelinat capable de rester frais en dépit des étés caniculaires qui accablent la région. Le tout avec des matériaux locaux.
“Ce sont des bâtiments qui suivent le mouvement naturel de l’air et protègent du soleil. Par exemple, ils sont composés de murs très épais mais de toits très légers afin que l’air frais entrant par le bas puisse pousser l’air chaud qui s’échappe alors par le haut”, indique Eduardo González, étudiant à l’école d’architecture de Madrid.
“Nous n’avons pas besoin d’air conditionné, c’est une économie d’énergie considérable.”
Pierre Sandou, éducateur spécialisé à l’orphelinat de Noomdo, construit par l’architecte Diébédo Francis Kéré, lauréat du prix Pritzker 2022, au quotidien britannique The Guardian.
Les tours à vent
Ensuite, il y a les tours à vents. Connues depuis des milliers d’années dans certains pays au climat chaud et sec, ces tours, aussi appelées “badguirs”, “sont des éléments d’architecture traditionnelle permettant de rafraîchir un bâtiment”, note le site ArchDaily.
Répandues au Moyen-Orient, notamment en Iran, en Irak et dans la région du golfe Arabo-Persique, ces tours percées de nombreuses ouvertures sur leur partie haute capturent les vents extérieurs et les redirigent à l’intérieur d’un bâtiment à travers une série de conduits et ouvertures.
Les cases obus
Enfin, dans les plaines inondables qui s’étendent de part et d’autre de la frontière entre le nord du Cameroun et le Tchad, il y a les tolekakay, également appelées “cases obus”.
Les murs, épais et de terre crue, empêchent la chaleur de pénétrer, décrit Radio Future Africa. Une ouverture au sommet du toit assure la circulation de l’air.
“Les techniques de rafraîchissement passif et l’ajout d’enveloppes (qui isolent l’intérieur de l’environnement extérieur) augmentent considérablement le confort thermique d’un bâtiment et éliminent le besoin de climatisation, ce qui permet d’économiser jusqu’à 70 % d’énergie”, renchérit la BBC.
Car, comme le rappelle Sachin Rastogi, “la viabilité n’est pas une caractéristique que l’on ajoute a posteriori, cela devrait être un mode de vie.”—
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