“Nous avons remporté une grande victoire au Venezuela”, avait déclaré Donald Trump le samedi 20 juin, en référence à la mise du pays sous tutelle américaine, depuis la capture de Nicolás Maduro par les forces spéciales des États-Unis en janvier dernier, et à la réorientation des flux de pétrole et d’or vers les États-Unis. “Le Venezuela n’avait jamais connu une telle prospérité”, avait-il ajouté, malgré la crise économique qui n’en finit pas de frapper la population.
Cinq jours plus tard, la “doctrine Donroe”, redéfinissant l’Amérique latine comme l’arrière-cour et principale sphère d’influence des États-Unis, a été mise à mal par les terribles séismes qui ont frappé le Venezuela. À défaut d’un bilan définitif, ceux-ci ont d’ores et déjà fait des centaines de morts et des milliers de blessés, détruits des dizaines d’immeubles et endommagés des centaines d’autres dans les États de Caracas, La Guaira, Miranda, Aragua, Carabobo et Falcón.
Au-delà du drame humain, cet événement est un “obstacle tragique et inattendu dans la campagne de Washington visant à transformer le Venezuela en un protectorat économique efficace”, affirme The New York Times. Et “la reconstruction à venir” permettra de “déterminer si son gouvernement est désormais disposé à soutenir un allié présumé avec des fonds d’aide et des politiques de secours”.
Un “État vassal” des États-Unis
“Nous serons là pour nos nouveaux et formidables amis”, avait pourtant commenté Trump aussitôt l’ampleur du drame connue. Mais pour un responsable du gouvernement américain cité par The Intercept, l’offre de Trump est “insuffisante”, le Venezuela étant désormais un “État vassal” des États-Unis. “N’est-ce pas nous qui dirigeons ce pays ?” a-t-il demandé, sous le couvert de l’anonymat et en faisant référence à de précédents propos de Trump. “C’est une obligation qui dépasse le cadre de l’amitié.” D’autant plus que “Trump a semblé suggérer que les États-Unis ont engrangé des milliards de dollars de richesse pétrolière vénézuélienne au cours des six derniers mois”, ajoute le magazine d’investigation américain.
Ces séismes sont ainsi un “test” pour la “doctrine Donroe”, souligne aussi El País América. Alors que l’administration Trump a restreint au maximum l’aide humanitaire à la coopération et démantelé l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) l’an dernier, elle a dû faire une entorse à ses principes pour annoncer, le jeudi 25 juin, l’envoi d’environ 150 millions de dollars d’aide, canalisée notamment par des organismes des Nations unies, jusque-là si vilipendées, selon le communiqué officiel du département d’État.
Le gouvernement américain a également mobilisé des équipes d’intervention rapide, de recherche et de sauvetage, ainsi que des appareils militaires pour le transport des secours et de l’aide humanitaire.
Dans un contexte de besoins humanitaires urgents, le ministère des Finances a enfin dû lâcher du lest. Il a annoncé la suspension, jusqu’au 23 octobre, des sanctions qui limitaient les transactions financières internationales afin de permettre au Venezuela de financier les opérations de secours.
Delcy Rodríguez, qui dirige le pays sous la menace d’être à son tour inculquée par la justice américaine si elle ne se plie pas aux desiderata de l’administration américaine, est désormais “confrontée à la tâche ardue de diriger un effort de sauvetage et de reconstruction d’un État appauvri, vidé de sa substance et autocratique, qu’elle a contribué à créer en tant que bras droit de M. Maduro”, souligne le New York Times.
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