Pendant près de vingt-quatre heures, Karina Blanco a cherché sa fille Fabiana sans aucune aide de l’État, ramassant à la main les décombres de leur immeuble à La Guaira, la zone la plus durement touchée par le double séisme qui a frappé le Venezuela mercredi 24 juin, raconte le média Tal Cual Digital.
Vendredi, un changement est apparu sur la fiche de Fabiana, 12 ans : son statut est passé à “Localisée”. Impossible de savoir si elle a été retrouvée vivante ou morte, ni avec l’aide de qui, l’information officielle manquant toujours. Ce que l’on sait, c’est que cette mise à jour est passée par une plateforme citoyenne, Desaparecidos Terremoto Venezuela, et non par un canal d’État.
Desaparecidos Terremoto, tout comme Venezuela Te Busca, une plateforme semblable, permet de signaler un proche injoignable, avec un formulaire, une photo, un dernier lieu connu. On y recense déjà plus de 50 000 personnes non localisées, dont plus de 8 652 retrouvées.
Dans un pays plongé depuis une dizaine d’années dans une grave crise économique, ce manque d’information coûte de plus en plus cher à chaque heure qui passe. Vendredi 26 juin, le bilan officiel s’élevait à 589 morts, selon la présidente par intérim Delcy Rodríguez, reprise par Telesur. Mais le chiffre des disparus reste désespérément fixé à 157. Et ce, alors que les plateformes citoyennes créées pour combler ce vide recensent des dizaines de milliers de noms de personnes manquant à l’appel.
Le fossé entre ces deux mondes – celui que l’État reconnaît, celui que les citoyens vivent – raconte l’ampleur d’un désastre où les citoyens prennent le relais d’un État dépassé. “Au fil des heures, le désespoir grandit parmi les Vénézuéliens, car ils ne savent pas vers qui se tourner pour obtenir des informations sur le sort de leurs proches”, déplore El Nacional.
Un pays à l’abandon
Ce manque d’information ne date pas d’hier. Le réseau social X est bloqué depuis longtemps dans ce pays contrôlé d’une main de fer par le chavisme, accessible seulement par VPN, tout comme plusieurs médias indépendants. Le Venezuela compte aussi parmi les pays où l’Internet mobile est le plus lent au monde, ce qui complique les recherches pour ses habitants comme pour les plus de 8 millions de Vénézuéliens partis ces dix dernières années pour fuir la crise économique, et qui guettent, eux aussi, un nom sur ces listes.
Derrière, c’est aussi un manque de moyens chronique que pointe la presse. Pour El País América, ces séismes révèlent surtout l’incapacité du gouvernement à réagir et l’effondrement des systèmes d’urgence après des années de négligence. Ou, comme le résume le journaliste Boris Muñoz :
“Ce sont les citoyens qui se mobilisent comme ils peuvent pour aider les autorités, et non l’inverse.”
Même constat chez l’ex-directeur de la Protection civile, Ángel Rangel, interviewé par La Patilla : “S’il existe des hôpitaux qui ne disposent même pas des moyens nécessaires pour prendre en charge un accouchement, imaginez une tragédie de ce genre.” Face au manque de moyens, des milliers de civils participent aux secours, tandis que d’autres collectent des dons ou créent des plateformes pour chercher les disparus.
Dans le Venezuela nouveau, “une étrange sensation que les choses ont changé pour que rien ne change”
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