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“Pas signées et négligées” : ces œuvres de femmes attribuées à tort à des hommes

Remisées, ignorées ou attribuées à tort à des hommes : les œuvres des femmes ont longtemps été invisibilisées. Aujourd’hui encore, elles ne représentent qu’une part infime des collections nationales. Du “Triomphe de Bacchus” de Michaelina Wautier aux peintures de Judith Leyster, le

“Pas signées et négligées” : ces œuvres de femmes attribuées à tort à des hommes
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Art. “Pas signées et négligées” : ces œuvres de femmes attribuées à tort à des hommes

Ça a commencé un peu par hasard, dans les réserves du musée d’Histoire de l’art de Vienne, en Autriche.

On est en 1993, et l’historienne de l’art belge Katlijne Van der Stighelen tombe sur un immense tableau de plus de 2,70 mètres sur 3,50 : Le Triomphe de Bacchus.

“Comment ce magnifique tableau a-t-il pu croupir si longtemps dans les réserves d’un musée ? La réponse est simple : il a été peint par une femme, Michaelina Wautier”, constate le site de la BBC.

Le Triomphe de Bacchus, de Michaelina Wautier

Non seulement les œuvres de l’artiste wallonne ont été négligées, mais elles ont souvent été “attribuées à tort à des hommes”. Et ce n’est pas la seule à qui cela est arrivé.

“Comme les femmesétaient exclues des coursde dessin d’après modèle,la toile ne pouvaitqu’être l’œuvre du frèrede Michaelina, Charles.”

Le site de la chaîne britannique BBC

“Bien souvent, les œuvres réalisées par des femmes ne sont pas signées, personne ne s’y intéresse et elles sont donc très rarement restaurées”, regrette Katlijne Van der Stighelen.

Conséquence : il y a “peu de chances de redécouvrir des artistes oubliées”.

Parmi les œuvres de femmes attribuées par erreur à des hommes, il y a l’Autoportrait en sainte Catherine d’Alexandrie d’Artemisia Gentileschi (1593-1656).

“On y voit l’artiste sous les traits de sainte Catherine, martyre du IVe siècle, au côté d’une roue dentée, un instrument de torture. Une manière pour la peintre, victime de viol, de représenter le supplice qu’avait été son procès face à son agresseur”, souligne la BBC.

Autoportrait en sainte Catherine d’Alexandrie, d’Artemisia Gentileschi

Le tableau n’a été officiellement reconnu comme ayant été peint par Artemisia Gentileschi qu’en 2017.

“Les œuvres réaliséespar des femmesne représentent que 1 %des collections de laNational Gallery,à Londres.”

Le site de la chaîne britannique BBC

“On pensait que c’était un tableau de son père, Orazio, ou de l’ami proche de ce dernier, le Caravage, célèbre pour sa maîtrise spectaculaire du clair-obscur”, déplore le site de la chaîne britannique.

L’œuvre de la peintre néerlandaise Judith Leyster (1609-1660) a connu un destin similaire.

Elle a souvent été attribuée à tort à son mari, Jan Miense Molenaer, ou à Frans Hals, que l’on présume avoir été son tuteur.

La Joyeuse Compagnie, de Judith Leyster

C’est le cas de La Joyeuse Compagnie, attribuée à Hals jusqu’à ce qu’en 1892 un marchand d’art ne remarque, sous la signature de Hals, les initiales entrelacées “JL”.

“Judith Leyster n’avaitrien à envier à son marien matière de talent.Mais la signatured’un grand maîtrese vend beaucoupmieux aux enchères.Et l’histoire de l’arta donc préféré la passersous silence.”

Le site de la chaîne britannique BBC

La BBC évoque enfin Elsa von Freytag-Loringhoven (1874-1927) et son œuvre God (“Dieu”), “un siphon très phallique, posé à l’envers sur une boîte à onglets”.

“La sculpture était attribuée à l’artiste américain Morton Schamberg jusqu’au début des années 2000, date à laquelle la participation de la baronne à cette œuvre a été officiellement reconnue. Un siècle trop tard pour l’empêcher de mourir dans la misère”, complète la BBC.

God, d’Elsa von Freytag-Loringhoven

Dans une enquête publiée en janvier aux éditions du Seuil sous le titre Les Refusées. Les artistes femmes n’existent pas, la commissaire d’exposition et critique d’art française Anne Bourrassé raconte cette invisibilisation des femmes artistes.

“Quand je serai morte, nous aurons atteint l’égalité de genre dans l’art”, écrit la commissaire en ouverture de cet ouvrage, cité par le site de la RTS, la radio-télévision suisse.

“Seulement 26 %des artistes exposés[en Suisse] entre 2008et 2018 étaient des femmes,selon une recherche conjointede Swissinfo et de la RTS.”

Le site de la RTS, la radiotélévision suisse

Anne Bourrassé évoque également le “rabais de genre” : le fait que les œuvres féminines subissent un phénomène de décote systématique.

Par exemple, elle compare Jeff Koons, l’artiste le plus cher au monde (à plus de 90 millions d’euros), à la femme artiste qui vend le mieux au monde, Marlene Dumas, autour de 13 millions d’euros. C’est… beaucoup moins.

“Aujourd’hui, en France, on n’a que 6 % d’artistes femmes dans les collections nationales, déplore encore Anne Bourrassé au micro de la RTS. C’est rien.”

Éloïse Duval
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