Cybercriminalité. “Plus personne ne les attaque” : la sécurité par l’antiquité
La vie peut paraître un peu contre-intuitive en ce moment.
Par exemple, on ne s’attend pas forcément à ce que des experts en cybersécurité adoptent l’adage “C’est dans les vieux pots qu’on fait les bonnes soupes”. Et pourtant, c’est ce qu’évoque l’une des stratégies déployées pour lutter contre la cybercriminalité.
Car depuis quelque temps, la peur du piratage a incité certains à se tourner vers des technologies plus anciennes, méconnues des nouvelles générations de cybercriminels, écrit le site de la BBC.
C’est la “sécurité par l’antiquité”.
“Il s’avère que la ‘sécurité par l’antiquité’ est un moyen discret de battre les cybercriminels, pirates et autres attaquants ennemis”, résume le site britannique.
“La très grandemajorité des piratessont des criminelsqui essaient de gagnerde l’argent et, pour eux,cela n’aurait aucun sensde viser des systèmesutilisés par 50 personnes.”
Mikko Hyppönen, expert en sécurité informatique,au site de la BBC
Pour les moins technophiles d’entre vous, le principe des opérations est assez simple.
Il s’agit d’opter pour des technologies anciennes, parfois jugées obsolètes, pour des raisons de fiabilité et de sécurité.
L’efficacité de cette technique a d’ailleurs été prouvée – un peu par hasard – dans les années 1990.
À l’époque, Matt Bishop, professeur au département d’informatique de l’université de Californie, et ses collègues voulaient attirer des pirates dans un piège, le tout au moyen de la technique dite du “pot de miel”.
Pour ce faire, lui et sa petite équipe “ont créé un système connecté à Internet et l’ont délibérément laissé accessible afin de capturer les pirates et les bots qui auraient essayé de s’y introduire”.
Sauf que les chercheurs avaient téléchargé une vieille version du logiciel, mis à jour plusieurs fois entre-temps.
Conséquence : “Aucun pirate n’a pris la peine de s’y attaquer.”
Pour faire court : même si les systèmes les plus vieux ont des vulnérabilités anciennes et connues, “la contrepartie est que plus personne ne les attaque”, explique Mikko Hyppönen.
“Une chose que j’ai vue dans des pays comme l’Ukraine est l’utilisation de cartes en papier, ou plastifiées, et de boussoles. On ne peut pas pirater de tels dispositifs”, observe Thomas Withington, membre du think tank Royal United Services Institute.
On parle aussi de “résilience analogique”.
“Les téléphones Nokiapourraient êtreplus vulnérablesface aux techniquesqui espionnentles appels téléphoniques.Mais combien de personnesvont s’en soucier ?C’est un compromisen matière de sécurité.”
Le site de la BBC
Dans le sillage de cette résilience analogique, “l’intérêt pour les bandes magnétiques ne fait que s’accroître aujourd’hui”, relève la BBC.
“Les bandes peuvent être extraites des systèmes informatiques, conditionnées et transportées vers des installations sécurisées, notamment des cavernes souterraines difficiles d’accès et des mines désaffectées”, détaille le site de la chaîne britannique.
“Les qualitésdes bandes magnétiquesen ce qui concerne la sécuritésont en partie liées au faitque la plupart des gensont tendance à ne pasdu tout s’en servir.C’est une technologieobscure, lourdaude,de la vieille école.”
Le site de la BBC
L’armée est à l’avant-garde de ce rétropédalage.
Par exemple, en Irlande, selon des documents obtenus par le quotidien irlandais The Irish Times, l’État a décidé de conserver des systèmes de navigation aérienne obsolètes, “car ils sont moins exposés au brouillage russe que certaines technologies plus modernes”.
“Les balises terrestres sont maintenues, alors même qu’elles sont presque en fin de vie, dans la mesure où elles sont bien moins vulnérables aux interférences délibérées d’acteurs hostiles que le GPS.”
Les vulnérabilités du numérique sont nombreuses et documentées.
Or la sécurité par l’antiquité répond justement à la question suivante : “Que faire lorsque les technologies de pointe – que l’on tenait pour acquises – nous échappent ?”—
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