Le coup est rude pour Luís Montenegro. Vendredi, après presque un an de débats autour d’une réforme du Code du travail présentée comme l’un des grands chantiers de son gouvernement, le Parlement a rejeté le texte grâce aux voix de Chega (parti d’extrême droite et leader de l’opposition), du PS et de toute la gauche. Au congrès du Parti social-démocrate (PSD), ce week-end, l’échec était sur toutes les lèvres.
Dans les colonnes de Público, la chroniqueuse Ana Sá Lopes résume le sentiment de désillusion qui domine dans les rangs sociaux-démocrates :
“La stupeur provoquée par le rejet du paquet de réformes du travail que le gouvernement considérait comme déjà négocié avec Chega était le fantôme incontournable de ce congrès du PSD. Pire : le gouvernement a compris qu’il ne peut compter sur les voix de Chega que lorsqu’il gouverne comme Chega […]. C’est une trahison politique.”
L’effet de la rue
Le point de rupture a été la question des retraites. Chega exigeait au minimum un gel de la hausse automatique de l’âge de départ, aujourd’hui fixé à 66 ans et 9 mois, alors que le gouvernement refusait toute mesure susceptible de fragiliser le financement futur du système. Au congrès, Montenegro a répété que les “pensions sont sacrées” et qu’abaisser aujourd’hui l’âge de départ reviendrait à mettre en danger les retraites de demain.
Pour beaucoup d’observateurs, cependant, la véritable explication est ailleurs. Les manifestations organisées ces dernières semaines par la Confédération générale des travailleurs portugais (CGTP), rejointes par l’Union générale des travailleurs (UGT) et de nombreux salariés, ont profondément changé l’équation politique. Dans Expresso, Daniel Oliveira estime que le leader de Chega a avant tout réagi au rapport de force dans la rue :
“Toute la mise en scène des négociations laissait penser que le texte serait adopté. Mais André Ventura a pris le pouls du pays, évalué le coût politique et fait marche arrière. Pas par conviction, uniquement par calcul. C’est le rejet massif des travailleurs qui a rendu son soutien impossible à assumer.”
Adieu à la grande majorité de droite
Cette volte-face a conduit Montenegro à qualifier Ventura de “quasi communiste” après son vote commun avec le PS, le PCP, le Bloc de gauche et le Livre (L), le parti écosocialiste. Une manière pour le Premier ministre de renvoyer Chega du côté des “deux extrêmes” qui se sont retrouvés pour faire tomber sa réforme.
Au-delà de cet épisode, plusieurs éditorialistes s’interrogent sur la capacité du gouvernement à bâtir désormais des majorités au Parlement. Dans le Correio da Manhã, l’économiste Luciano Amaral estime que cette trahison enterre un scénario souvent évoqué depuis les élections :
“Cette séquence a définitivement démontré que le gouvernement ne pourra pas compter sur Chega lorsqu’il s’agira de faire passer des mesures difficiles. Il faut donc dire adieu à la prétendue grande majorité parlementaire de droite. Elle n’existe pas.”
C’est sans doute la principale conséquence politique de cette “saga politique et sociale” longue de onze mois, que Sara Gerivaz, éditorialiste du Jornal de Notícias, compare à une “telenovela mexicaine ennuyeuse”. Après avoir découvert que son partenaire le plus courtisé pouvait aussi devenir son principal adversaire, Luís Montenegro sort fragilisé. Et les prochaines négociations budgétaires s’annoncent déjà bien plus compliquées que prévu.
Au Portugal, l’oncle réac a gâché Noël : comment le clivage politique s’amplifie
Commentaires (0)
Laisser un commentaire
Aucun commentaire. Soyez le premier !