Un admirateur de Donald Trump et un défenseur des droits de l’homme : tel est le duo que les Colombiens auront à départager au second tour de l’élection présidentielle. A l’issue du premier tour dimanche 31 mai, le candidat de droite radicale, l’avocat millionnaire Abelardo de La Espriella, est arrivé en tête avec 44 % des suffrages, devant le sénateur et philosophe Ivan Cepeda (41 %), héritier politique du président sortant Gustavo Petro, selon des résultats partiels obtenus alors que 99 % des bureaux de vote ont transmis leurs résultats et que 57 % des bulletins ont été dépouillés.
Le second tour est prévu le 21 juin. La candidate de droite Paloma Valencia, sénatrice adoubée par l’ex-président conservateur Alvaro Uribe (2002-2010), arrive loin derrière avec moins de 7 %.
Dix ans après un accord de paix historique entre l’Etat et la guérilla des FARC, certaines régions de Colombie restent sous le contrôle d’une myriade de groupes armés qui dominent la production mondiale de cocaïne.
Les deux candidats s’affrontent sur la direction à prendre pour venir à bout d’un conflit armé interne vieux de six décennies mais en pleine résurgence : continuer à négocier la paix avec les groupes armés, stratégie du président sortant, Gustavo Petro, ou bien utiliser la force pour venir à bout des guérillas, ex-paramilitaires et cartels.
Les experts estiment que les groupes armés impliqués dans le trafic de drogue, l’exploitation minière illégale et l’extorsion ont profité des négociations de paix menées sous le gouvernement Petro pour renforcer leurs positions.
Rhétorique de « main de fer » du candidat de droite radicale
La Constitution interdit à Gustavo Petro, premier dirigeant de gauche de l’histoire du pays, de briguer un second mandat. Ce président clivant jouit d’une forte popularité parmi les classes populaires après avoir augmenté le salaire minimum et élargi les programmes sociaux dans l’un des pays les plus inégalitaires au monde.
Son dauphin, Ivan Cepeda, un défenseur des droits de l’homme de 63 ans, mise sur la poursuite des réformes sociales et des infructueuses négociations de paix avec les groupes armés.
Abelardo de la Espriella, 47 ans, se fait appeler « Le Tigre » et promet pour sa part la mort ou la prison pour les membres des organisations criminelles. Il se présente en « outsider » et reprend à l’envi une rhétorique de « main de fer » qui a récemment valu plusieurs victoires à la droite radicale en Amérique latine.
Admirateur des présidents américain Donald Trump, salvadorien Nayib Bukele et argentin Javier Milei, il propose de construire dix mégaprisons, de réduire de 40 % la taille de l’Etat et de bombarder les campements des trafiquants de drogue en Colombie, premier producteur mondial de cocaïne. Dimanche, il a qualifié cette élection de « bataille la plus importante de l’histoire de la république ».
La journée électorale s’est déroulée dans le calme dimanche. Le gouvernement a déployé plus de 400 000 membres des forces de l’ordre.