L’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU) a adopté, vendredi 4 septembre, une résolution pour promouvoir une représentation cartographique mondiale plus fidèle à la taille réelle des continents, portée par le Togo et plusieurs pays africains.
Ce texte, soutenu notamment par les pays de l’Union européenne, dont la France, a été adopté par 164 voix contre une, celle des Etats-Unis, et six abstentions.
La résolution vise à encourager les organisations internationales et les Etats à utiliser des représentations cartographiques de type « Equal Earth ». Cette cartographie abandonne la projection dite « de Mercator » du nom de Gerardus Mercator, géographe, cartographe, philosophe et théologien né en Flandres en 1512. Sa carte du monde a été conçue pour la navigation maritime et agrandit artificiellement les territoires situés aux hautes latitudes.
« Les cartes façonnent notre compréhension du monde », a déclaré le ministre des affaires étrangères du Togo à la tribune, Robert Dussey. « Elles orientent l’éducation, nourrissent l’imaginaire et influencent les perceptions collectives. Elles ne sont donc jamais neutres : lorsqu’elles donnent une image déformée de notre planète, elles risquent de perpétuer des représentations erronées transmises de génération en génération ».
Un texte coparrainé par la France
En France, le ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a annoncé que le Quai d’Orsay souhaite abandonner les cartographies utilisant la projection de Mercator, une décision qui s’inscrit - selon lui - dans une réflexion plus large sur la manière dont les représentations influencent la perception des rapports de force internationaux.
« Les Etats-Unis, la Russie, la Chine prennent une importance visuelle démesurée par rapport à l’Afrique, l’Amérique latine ou à l’Asie du Sud-Est », a critiqué le ministre lors d’un discours prononcé à la Sorbonne Nouvelle. « Le Groenland semble presque aussi vaste que l’Afrique, alors que l’Afrique est en réalité environ quatorze fois plus grande », a-t-il poursuivi.
Selon lui, ces représentations influencent durablement la perception du monde. « Les déformations finissent par s’installer dans les perceptions. Le moment est venu de les corriger », a-t-il lancé. « Changer de carte ne change évidemment pas le monde », a-t-il reconnu. « Mais corriger une représentation qui le déforme, c’est déjà faire œuvre de vérité » pour déconstruire des visions du monde qui reposent sur des constructions historiques.