Dubaï offrait autrefois tous les agréments de la vie de riche expatrié. Écoles privées de bonne qualité, plages paradisiaques, vols nombreux et alcool légal (tant que vous n’êtes pas émirati ou musulman). Les expats n’y sont confrontés ni à l’impôt, ni à l’ostracisme, de sorte que les cryptomillionnaires chinois et les oligarques russes peuvent frayer librement avec les banquiers occidentaux, les magnats de l’immobilier des pays arabes et les entrepreneurs israéliens. La pluviométrie étant nulle, ils n’ont à se préoccuper que de l’indice de protection de leur crème solaire.

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Tout ceci demeure vrai, trois mois après les attaques des États-Unis et d’Israël sur l’Iran, au-dessus du golfe Arabo-Persique. Mais ces avantages doivent désormais être mis en balance avec le risque posé par les missiles et les drones iraniens qui s’abattent sur les hôtels, les immeubles ou, comme cela semble avoir été le cas le 18 mai, sur l’unique centrale électrique du pays.

Fuir plutôt que de vivre sous les frappes

Bien que la plupart de ces frappes aient été interceptées avant de pouvoir causer de réels dégâts à Dubaï ou dans le reste des Émirats arabes unis (EAU), nombre de résidents étrangers sans attache ont préféré fuir que d’attendre les prochains projectiles qui déjoueront le système de défense du pays. Une minorité ont pu rafler quelques places dans les derniers vols en direction des États-Unis ou de l’Europe. D’autres ont conduit des heures pour rejoindre Mascate, capitale du voisin omanais, en quête d’autres échappatoires. Beaucoup espèrent pouvoir rentrer une fois les hostilités cessées. Mais puisque celles-ci s’éternisent, nombre d’entre eux se sont mis à la recherche d’un nouveau refuge, plus paisible. Où se rendent-ils donc ? Et reviendront-ils un jour ?

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Les EAU ne publient pas de statistiques détaillées concernant les résidents étrangers sur leur sol, mais, selon les estimations, le pays comptait entre 3 millions et 4 millions d’étrangers fortunés avant la guerre, sur les 12 millions d’habitants. Plus de 240 000 d’entre eux étaient millionnaires. Cet afflux, qui a permis à Dubaï de se tailler la part du lion, risque désormais de se transformer en une hémorragie de départs. Dominik Volek, du cabinet de conseil pour expatriés aisés Henley & Partners, confirme que les les demandes de renseignements concernant d’autres juridictions émanant de résidents des Émirats arabes unis ont augmenté de plus de 40 % ces dernières semaines.

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Les destinations prisées de longue date, comme la Nouvelle-Zélande (“au bout du monde, presque entièrement autosuffisante et hors de portée d’une explosion nucléaire”, selon les mots du consultant) ou Malte, se retrouvent en compétition avec des pays comme les Maldives, qui lancent cette année un programme de résidence permanente par l’investissement, et l’Argentine, qui prévoit d’offrir la citoyenneté aux investisseurs aux poches bien remplies. Le 24 avril, la Turquie a de son côté proposé une exemption d’impôts, d’une durée de vingt ans, sur les revenus perçus hors du pays et les capitaux de certains étrangers. Jean-François Harvey, fondateur du cabinet d’avocats international spécialisé dans l’immigration Harvey Law Group, rapporte que depuis le début de la guerre, une dizaine de ses clients ont acquis la citoyenneté turque en achetant une propriété dans le pays.

Cap sur l’Italie…

Selon de nombreux consultants, Milan aurait particulièrement la cote. “On observe une augmentation des départs de Dubaï”, confirme Roberto Bonomi, avocat fiscaliste de Milan travaillant pour Withers, un cabinet d’avocats britannique qui pourvoit aux besoins des plus fortunés. Les requêtes, jusqu’à présent majoritairement tournées vers des locations temporaires, sont de plus en plus liées “non seulement à des considérations de court terme, mais aussi à une installation de plus long terme et à des projets d’investissements”, expose Diletta Giorgolo, de Sotheby’s International Realty, une agence immobilière de luxe.

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Contrairement à d’autres destinations paisibles concurrentes, la capitale italienne de la mode et de la finance dispose du faste et des réseaux entrepreneuriaux nécessaires à qui désire faire fructifier sa fortune plutôt que la dépenser sans compter. Depuis quelques années, les fonds spéculatifs américains multiplient leur présence dans la ville, afin d’aider leurs riches tradeurs et leurs gestionnaires d’actifs à tirer profit de l’abattement fiscal italien sur les hauts revenus, qui bénéficient d’un impôt unique relativement modeste de 300 000 euros par an, sur la totalité de leurs revenus à l’étranger. De plus, la météo y est tolérable.

… ou sur Singapour

Une seconde option attractive, notamment pour les Asiatiques, se situe à Singapour. Ces dernières années, Dubaï avait pris l’avantage sur la cité-État, aux yeux des poids lourds que sont les Indiens et les Chinois, séduits par l’extravagance ostentatoire des Émirats, leurs règles laxistes et leurs perspectives d’accès à la propriété. En comparaison, Singapour semblait austère, bridée par ses strictes mœurs sociales et son irréprochabilité entretenue jusqu’à l’obsession par le gouvernement.

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Pourtant, l’image guindée de Singapour, associée à un gouvernement efficace, un système juridique fiable et une solide infrastructure de gestion de patrimoine, apparaît désormais comme une force. Les grandes banques singapouriennes font état d’une légère hausse de transferts de fonds en provenance de Dubaï. Les importations d’or des EAU vers Singapour ont également quadruplé depuis janvier, depuis que les plus aisés redistribuent leurs réserves de lingots.

Ryan Lin, de l’entreprise singapourienne Bayfront Law, assure que les demandes de clients ont explosé d’un tiers en deux mois. Sa clientèle existante, essentiellement composée de nouveaux riches Chinois, exprime un désir croissant de quitter le Moyen-Orient. Les Indiens nantis, eux aussi, jettent un nouveau regard sur Singapour.

Des “subsituts imparfaits” à Dubaï

Malgré tous leurs attraits, Milan ou Singapour restent d’imparfaits substituts à Dubaï. En Italie (tout comme dans le reste de l’Europe), les ploutocrates russes sont vus d’un mauvais œil tant que Vladimir Poutine poursuivra sa guerre en Ukraine.

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Singapour, de son côté, lève un impôt sur les revenus de 24 % et impose une surtaxe sur les ventes de propriétés des étrangers. La cité-État a également durci sa réglementation, avec une loi, adoptée en 2024, qui autorise la police à examiner les données fiscales et douanières. Ces dernières années, 80 % des demandes de licence déposées par des entreprises de cryptomonnaies à Singapour ont été refusées ou retirées, selon la Financial Action Task Force, un organisme de lutte contre le blanchiment d’argent. “Certains investisseurs appréciaient les Émirats parce qu’ils n’étaient pas très regardants”, confesse un banquier privé de Singapour.

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“Je pense que les actifs en cryptomonnaies resteront au Moyen-Orient”, estime Ryan Lin. Et ils ne seront pas les seuls. Les gestionnaires de patrimoine étrangers, eux-mêmes plein aux as, ont besoin d’être auprès de leurs clients, affirme l’un d’entre eux, qui s’attend à ce que les effectifs de son entreprise retournent à Dubaï sous peu. Nombre de sociétés étrangères qui ont autorisé leurs riches employés à travailler à distance au début de la guerre – même si cela signifiait travailler depuis Milan ou Londres, selon un directeur de banque – souhaitent les voir revenir au bureau, à Dubaï.

“Le temps guérit tout”, ajoute un autre gestionnaire de patrimoine. C’est possible. Mais pour les expats, plus la plaie de la guerre reste béante, moins elle pourra cicatriser. Dans l’expectative, beaucoup préféreront vivre leur convalescence là où le soleil brille un peu moins.