S’exiler pour sauver sa retraite – une tentation qui s’installe. Dans un article au ton analytique et inquiet, le magazine américain Fortune décrit une bascule silencieuse : devant la dégradation des conditions de vie, de plus en plus de retraités anglo-saxons envisagent l’expatriation comme une solution concrète. Le diagnostic est sans appel :
“Le rêve d’une retraite paisible et ensoleillée se heurte à une réalité plus dure : hausse du coût de la vie, retraites de plus en plus maigres et sentiment croissant que les ‘années dorées’ ne sont plus si dorées.”
Aux États-Unis comme au Royaume-Uni, même les profils aisés sont rattrapés par l’inflation. Résultat : certains reprennent le travail, d’autres envisagent un départ.
Car “pour un nombre croissant [de personnes], la solution n’est pas de réduire les dépenses. C’est de déménager.” L’expatriation apparaît dès lors comme une réponse directe à l’érosion du pouvoir d’achat. Un classement récent place Chypre et l’Irlande en tête des destinations les plus attractives, loin devant les États-Unis et le Royaume-Uni, désormais absents du top 15. Fiscalité, coût de la vie, accès aux soins : tout concourt à rendre ces pays plus compétitifs.
Le rapport souligne ainsi que “des coûts de la vie globalement plus bas peuvent permettre un budget de retraite plus gérable, en particulier en dehors des grandes zones urbaines”. Une réalité qui redéfinit les choix de vie à grande échelle.
S’installer en Italie pour y passer sa retraite séduit de plus en plus d’Européens, et en particulier des Allemands. Le Main-Post, quotidien régional de Basse-Franconie, en Allemagne, analyse les avantages concrets offerts par l’Italie aux retraités expatriés, tout en soulignant les contraintes souvent sous-estimées de ce choix de vie.
Selon le Rentenatlas 2024 de la Deutsche Rentenversicherung, une publication officielle allemande qui fournit des données statistiques détaillées sur les pensions de retraite en Allemagne, leur répartition géographique, et leur versement aux bénéficiaires, y compris ceux vivant à l’étranger, “1,7 million de pensions ont été versées à l’étranger, ce qui représente environ 6,6 % de l’ensemble des paiements de retraite”. Parmi les destinations privilégiées figurent l’Autriche, la Suisse et l’Espagne. L’Italie arrive en huitième position.
L’attrait de la Botte repose d’abord sur des facteurs classiques – climat, alimentation, paysages – mais aussi sur le fait qu’“il est relativement simple pour des Allemands d’émigrer en Italie, puisqu’il s’agit d’un État membre de l’Union européenne [UE]”. Au-delà de trois mois de séjour, “il suffit de s’inscrire auprès de la commune compétente”. Les droits à la retraite sont conservés : “La pension est versée au montant jusqu’alors perçu sur un compte au choix ; il n’y a pas de retenues, même lorsqu’on vit à l’étranger et que l’on possède un compte bancaire italien.”
L’assurance médicale constitue un autre point clé pour les expatriés. L’article précise que “l’assurance-maladie auprès d’une caisse allemande demeure également valide lors d’une émigration vers un pays de l’UE comme l’Italie”, sous certaines conditions, et que les retraités peuvent recourir au formulaire européen S1 afin d’accéder aux soins dans leur pays de résidence.
L’Italie déploie par ailleurs une politique fiscale incitative ciblée. Depuis la loi de finances de 2019, “une imposition forfaitaire de 7 % sur les revenus étrangers a été introduite pour tous les retraités qui transfèrent leur domicile en Italie”, mais uniquement dans certaines régions du Sud et dans des communes de moins de 20 000 habitants. En parallèle, un accord bilatéral évite la double imposition : les pensions publiques allemandes restent imposées en Allemagne, tandis que les retraites privées sont taxées en Italie, de façon progressive jusqu’à 43 %, à quoi s’ajoutent des surtaxes régionales.
Le tableau est toutefois loin d’être sans accroc. Le coût de la vie varie fortement selon les territoires : le nord du pays se situe nettement au-dessus de la moyenne nationale, quand le Sud et les îles restent plus abordables. Surtout, l’article insiste sur un obstacle récurrent pour les expatriés : la bureaucratie. À cela s’ajoute une difficulté pratique : “Même les agents de l’administration publique ne parlent souvent pas anglais.”
Entre incitations fiscales ciblées et réalités administratives parfois pesantes, l’Italie apparaît ainsi comme une destination attractive pour certains retraités expatriés – à condition d’en accepter pleinement les contraintes structurelles.
“Le problème n’est pas seulement que les gens n’ont pas ‘assez’ économisé — c’est que le seuil du ‘suffisant’ ne cesse d’augmenter.” Dans ce contexte, partir devient moins un désir qu’une nécessité : “Pour les baby-boomeurs qui se sentent exclus de la retraite qu’on leur avait promise dans leur pays, partir à l’étranger n’est plus un fantasme de mode de vie – cela devient rapidement la seule manière pour que l’équation fonctionne.”
Où vivre avec une retraite de 1 000 euros ?
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