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Reynoldson Mompoint : Haïti, le pays qui se fatigue lui-même

Une nation qui semble déterminée à transformer chacune de ses opportunités en crise Il existe des peuples qui se battent contre des ennemis extérieurs. D’autres affrontent des guerres, des embargos ou des catastrophes naturelles qui compromettent leur développement. Haïti, elle, semble enga

Reynoldson Mompoint : Haïti, le pays qui se fatigue lui-même
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2 juin 2026
Reynoldson Mompoint : Haïti, le pays qui se fatigue lui-même
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Reynoldson Mompoint : Haïti, le pays qui se fatigue lui-même

  • by Rezo Nodwes
  • 2 juin 2026
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Une nation qui semble déterminée à transformer chacune de ses opportunités en crise

Il existe des peuples qui se battent contre des ennemis extérieurs. D’autres affrontent des guerres, des embargos ou des catastrophes naturelles qui compromettent leur développement. Haïti, elle, semble engagée depuis plusieurs décennies dans une lutte plus étrange et plus destructrice : une lutte contre elle-même. À force de mauvais choix, d’improvisations permanentes, de calculs mesquins et d’aveuglements collectifs, le pays donne parfois l’impression d’être devenu son propre adversaire. Chaque fois qu’une porte s’entrouvre, quelqu’un trouve le moyen de la refermer. Chaque fois qu’une possibilité de redressement apparaît, les querelles politiques, les intérêts particuliers ou l’absence de vision nationale viennent l’étouffer.

L’épuisement d’Haïti ne provient pas uniquement de la pauvreté ou de l’insécurité. Il provient d’abord de la répétition des mêmes erreurs. Depuis des décennies, les gouvernements changent, les constitutions sont contestées, les accords politiques se succèdent, les slogans se renouvellent, mais les problèmes demeurent pratiquement identiques. Les dirigeants accusent leurs prédécesseurs, les opposants accusent les gouvernants, les institutions se rejettent mutuellement la responsabilité du désastre, pendant que la population assiste, impuissante, à l’effondrement progressif de l’autorité publique.

Le drame haïtien réside aussi dans la petitesse des ambitions de ceux qui prétendent conduire le destin national. Alors que le pays traverse l’une des plus graves crises de son histoire contemporaine, une bonne partie de la classe politique semble davantage préoccupée par le partage du pouvoir que par l’exercice du pouvoir lui-même. Les discussions portent souvent sur les postes à occuper, les équilibres à préserver et les privilèges à distribuer, alors que les questions fondamentales demeurent sans réponse : comment restaurer la sécurité ? Comment relancer l’économie ? Comment reconstruire les institutions ? Comment redonner confiance à la jeunesse ?

À écouter certains acteurs, on croirait que le principal problème du pays est de savoir qui dirigera la transition, alors que des milliers de citoyens ne savent même pas s’ils pourront traverser leur quartier en sécurité. Le fossé entre les préoccupations des élites et celles du peuple n’a jamais été aussi profond. Pendant que les dirigeants négocient, les familles fuient. Pendant que les partis calculent, les commerçants ferment. Pendant que les responsables se disputent les responsabilités, la nation continue de perdre du terrain.

L’une des images les plus frappantes de cette fatigue nationale est la progression continue des groupes armés. À mesure que l’État recule, les gangs avancent. Là où l’autorité publique devrait imposer la loi, d’autres imposent la peur. Là où devraient fonctionner les institutions, s’installent des systèmes parallèles fondés sur la violence et l’intimidation.

Cette situation n’est pas seulement le résultat de la criminalité. Elle est aussi la conséquence directe d’années de faiblesse institutionnelle, de compromissions politiques et d’absence de décisions courageuses. Les gangs prospèrent rarement dans les États forts. Ils prospèrent dans les États qui hésitent, qui ferment les yeux ou qui renoncent à exercer leur autorité. Aujourd’hui, ce ne sont plus seulement des quartiers qui sont menacés, mais l’idée même de la République.

Pendant ce temps, l’économie nationale ressemble à un malade maintenu sous assistance permanente. Les transferts de la diaspora soutiennent des milliers de familles. L’économie informelle absorbe une grande partie de la population active. L’aide internationale compense certaines défaillances de l’État. Mais aucun pays ne construit durablement son avenir sur des mécanismes de survie.

Le plus inquiétant est que la jeunesse semble avoir perdu confiance dans les perspectives offertes par son propre pays. Le rêve national a progressivement été remplacé par le projet de départ. Les étudiants rêvent d’émigration, les professionnels cherchent des opportunités ailleurs et les entrepreneurs investissent avec prudence dans un environnement où l’incertitude est devenue la seule certitude. Chaque départ représente une perte pour la nation. Chaque cerveau qui s’en va est un rappel cruel de l’incapacité collective à créer des conditions favorables à la réussite.

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