En première instance, la cour d’assises de Paris n’avait émis aucun doute sur la culpabilité de l’accusé. « Quels que soient l’âge d’Eugène Rwamucyo, sa capacité à s’insérer professionnellement ou ses qualités de père de famille, l’énormité des crimes dont il est personnellement responsable et qu’il dénie, ne peut être sanctionnée que par une peine de vingt-sept années de réclusion criminelle », écrivait Jean-Marc Lavergne, président de la cour, dans sa feuille de motivation.
Jugé en octobre 2024 pour des faits imprescriptibles de « génocide », « complicité de génocide » et « crimes contre l’humanité » perpétrés au Rwanda au printemps 1994, Eugène Rwamucyo a fait appel. Agé aujourd’hui de 67 ans, l’ancien médecin du travail au centre hospitalier de Maubeuge (Nord) revient devant la cour d’assises de Paris, mardi 9 juin. Il comparaît une nouvelle fois en vertu de la compétence universelle, un principe qui permet à un Etat de juger les auteurs de crimes graves quel que soit le lieu où ils ont été commis.
Pour ce nouveau procès, Eugène Rwamucyo, qui encourt la réclusion criminelle à perpétuité, a entièrement changé sa défense. Il sera cette fois soutenu par une équipe de sept nouveaux avocats, contre deux auparavant. « La vérité historique existe mais elle ne doit pas se substituer à la vérité judiciaire ni la déformer, estime Me Michèle Siari, l’une de ses conseils. C’est un procès qu’il ne faut pas contrefaire en raison de la compassion naturelle et évidente que nous aurons tous pour les parties civiles. Il faut aussi rappeler qu’Eugène Rwamucyo a toujours clamé son innocence. »
Le Rwandais est accusé d’avoir soutenu les autorités hutu lors du génocide des Tutsi, qui a fait entre 800 000 et un million de morts entre avril et juillet 1994. On lui reproche d’avoir incité la population à s’en prendre à la minorité tutsi, notamment lors d’un discours à l’université de Butare, au sud du Rwanda, le 14 mai 1994. Ce jour-là, il avait pris la parole en présence de Jean Kambanda, premier ministre du gouvernement intérimaire, condamné en 1998 à la perpétuité par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) pour avoir mis en application le plan d’extermination contre les Tutsi.
Il vous reste 61.55% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Commentaires (0)
Laisser un commentaire
Aucun commentaire. Soyez le premier !