Le ministère de la santé a dévoilé, lundi 7 septembre, sa troisième feuille de route pour la stratégie nationale de santé sexuelle d’ici à 2030. Lutte contre le sida, « chemsex », accès à l’avortement… Attendue depuis plus de six mois par les acteurs du secteur, elle fait des jeunes l’une des cibles prioritaires des politiques publiques.
« Prévenir plus tôt et mieux », favoriser un accès aux soins « plus simple, plus lisible et plus équitable », accélérer la lutte contre le VIH, les IST et les hépatites virales, garantir l’accès à la contraception et à l’IVG ou encore lutter contre les inégalités figurent dans les priorités de la direction générale de la santé, résume-t-elle dans un communiqué.
L’ambition affichée est de « garantir à toutes et tous un accès effectif à la santé sexuelle tout au long de la vie », continue le ministère. Il souligne plusieurs avancées depuis 2017 : le premier programme d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (Evars), l’inscription dans la Constitution du droit à l’IVG, l’accès au dépistage du VIH et des IST sans ordonnance et pris en charge intégralement pour les moins de 26 ans…
Un volet sur le « chemsex »
La poursuite du déploiement du programme Evars et une accentuation de la lutte contre la désinformation doivent permettre de mieux cibler la jeunesse. « Des défis persistent toutefois, reconnaît-il. Des inégalités sociales et territoriales, les évolutions des pratiques, les transformations liées au numérique et l’émergence de nouveaux phénomènes, parmi lesquels le “chemsex” ».
Dans ses nouveautés, la feuille de route, qui prévoit 22 actions, intègre donc un volet sur le « chemsex », soit la consommation de produits psychoactifs en contexte sexuel, au croisement de la santé sexuelle, de l’addictologie et de la santé mentale.
Le psychiatre Jean-Victor Blanc, addictologue à l’hôpital Saint-Antoine à Paris (AP-HP), qui a créé une consultation spécialisée dans le « chemsex », a jugé auprès de l’Agence France-Presse (AFP) que « cela va dans le bon sens », avec plusieurs propositions « intéressantes », mais qu’il faudra « être très vigilant » quant à l’application des mesures.
Côté contraception et IVG, l’objectif est de rendre les parcours plus lisibles et fluides, notamment face à « des difficultés persistantes et des inégalités territoriales insuffisamment documentées mais régulièrement signalées » d’accès à l’avortement.
Une élimination de la transmission du VIH d’ici à 2030
La feuille de route prévoit, par ailleurs, d’élargir l’accès à la contraception d’urgence, de développer l’offre d’IVG instrumentale ou encore de saisir le Comité d’éthique en 2027-2028 pour « réinterroger les délais légaux de recours à l’IVG et la clause de conscience spécifique » octroyée aux médecins et aux sages-femmes après la constitutionnalisation de la liberté de recours à l’IVG.
La France maintient par ailleurs l’objectif d’éliminer la transmission du VIH sur son territoire d’ici à 2030, en combinant le dépistage, la prévention et la prophylaxie pré-exposition (PrEP), et en élargissant la palette de professionnels pouvant prescrire un traitement post-exposition (TPE).
Le ministère promet globalement « une attention renforcée aux publics les plus exposés » : jeunes, personnes en situation de précarité, de handicap, LGBTQ+, migrantes, prostituées. La feuille de route prévoit ainsi la mise en place de centres de santé et de médiation en santé sexuelle, destinés notamment aux populations particulièrement exposées au VIH ou éloignées du système de soins.