Un an, au jour près, avant son assassinat, Martin Luther King [1929-1968] donne, dans une église de New York, son discours le plus incandescent. Le 4 avril 1967, dans un sermon intitulé « Au-delà du Vietnam : le temps de briser le silence », King confie pourquoi il fait enfin le choix, malgré toutes les intimidations de l’Etat et les recommandations de ses amis, de dénoncer non pas seulement la guerre, mais la « destruction » du Vietnam. Sa dissidence et sa pensée critique sont aujourd’hui plus que jamais salvatrices, alors que le Moyen-Orient ploie sous le feu américain.
Au pupitre de l’église Riverside, il ose dire que, sous les bombardements, il y a le peuple vietnamien, que le militarisme impérial là-bas n’est que la projection du racisme national, et que chaque million de dollars dépensé en missiles et en bombes jetés sur Hanoï est un million retiré en aides sociales. Nommant le coupable sans détour, il tonne : « Le plus grand pourvoyeur de violence dans le monde d’aujourd’hui [est] mon propre gouvernement. » Ni les communistes, ni les damnés de la terre dans les anciennes colonies en révolte, ni les dictatures lointaines n’imposent au monde une telle déshumanisation.
Il retrace alors l’histoire du conflit telle qu’elle n’est pas dite dans les journaux : « Notre gouvernement a estimé que le peuple vietnamien n’était pas prêt pour l’indépendance, et nous avons une nouvelle fois été victimes de cette arrogance occidentale funeste qui empoisonne depuis si longtemps le climat international. Pendant neuf ans, nous avons vigoureusement soutenu les Français dans leur tentative avortée de recoloniser le Vietnam… » Et puis les Etats-Unis y vont eux-mêmes, entrant en guerre en 1961, la fleur au fusil, afin de soutenir un Sud-Vietnam menacé par l’avancée des Nord-Vietnamiens communistes.
Inconstance diplomatique
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