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Géopolitique

Terres rares : « La Chine contrôle les prix du marché, peut supporter des ventes à perte et couler la concurrence »

Face à la domination de Pékin dans ce secteur indispensable, qui assure le développement des nouvelles technologies, l’analyste géopolitique Hanna Murat plaide, dans une tribune au « Monde », pour le retour d’un Etat stratège en Occident.

Terres rares : « La Chine contrôle les prix du marché, peut supporter des ventes à perte et couler la concurrence »
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La dépendance du monde occidental à la Chine dans les terres rares n’est pas un accident de marché, mais le résultat des choix politiques et industriels du triomphe de la « mondialisation heureuse ». Des années 1960 aux années 1990, ce sont les Etats-Unis qui en sont les premiers producteurs. Mais, déjà détentrice de la plus grande concentration de terres rares du monde avec 44 millions de tonnes, devant le Brésil (21 millions), l’Inde (6,9 millions) et l’Australie (5,7 millions), la Chine a accepté ce que l’Occident en voie de tertiarisation refusait, à savoir un secteur aux coûts économiques, environnementaux et sociétaux astronomiques.

La particularité chinoise est que le gouvernement ne s’est pas contenté d’extraire ces éléments chimiques : il s’est créé un quasi-monopole et contrôle aujourd’hui l’ensemble de la chaîne de valeur des terres rares, de l’extraction (environ 70 % de la production mondiale) aux étapes nettement plus lucratives de séparation, de raffinage et de fabrication des aimants permanents, dans lesquelles sa domination atteint entre 87 % et 94 % du marché mondial, grâce à sa propre recette du capitalisme d’Etat (investissements publics massifs, énergie à bas coût, réseau d’infrastructures performant, grandes surfaces).

Dans ce contexte, la phrase prononcée par Deng Xiaoping en 1992 – « Le Moyen-Orient a le pétrole, la Chine a les terres rares » – prend tout son sens. On ne peut que constater que terres rares et économie de marché se marient mal. La demande est très faible – par exemple, les Etats-Unis n’ont besoin que d’une tonne par an en rhénium, mais les investissements de départ sont colossaux. La rentabilité se situe donc dans les autres étapes de la chaîne de valeur, à condition de disposer d’une énergie à bas coût. L’une d’elles, la séparation des terres, requiert de neuf à treize fois plus d’énergie que l’extraction.

Une approche très réglementaire

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