Au cours des dix-huit derniers mois, j’ai visité, en tant que chef de l’humanitaire des Nations unies, de nombreuses zones sinistrées parmi les plus brutales et les plus inhumaines au monde. J’ai été accueilli dans des maisons détruites par les bombardements, des tentes, des caves et abris de fortune où des personnes luttent pour leur survie : à Gaza, au Darfour, à Koupiansk [Ukraine], Kandahar [Afghanistan] et Mandalay [Birmanie], les épicentres des crises mondiales, où les enfants et leurs familles sont confrontés à des souffrances d’une ampleur vertigineuse.
Les organisations d’aide humanitaire, ONG locales et agences internationales, inlassablement présentes sur le terrain, travaillent aux côtés des communautés pour sauver des vies. C’est un travail admirable, porté par l’espoir et guidé par des principes et un professionnalisme sans faille. Mais, trop souvent, aucune issue aux crises ne se dessine à l’horizon.
Au moment où j’écris ces lignes, les dirigeants de nombreux pays parmi les plus sûrs et les plus prospères de la planète s’apprêtent à se réunir à Evian [Haute-Savoie] à l’occasion du sommet du G7.
Les sujets de discussion ne manqueront pas. Le monde se fragmente. Les règles et les normes qui sous-tendent l’ordre international sont progressivement remises en cause. Les conflits se multiplient. Les processus de paix s’enlisent. L’intelligence artificielle s’affirme comme une nouvelle puissance, susceptible d’être mise au service du meilleur comme du pire. Enfin, l’apparition d’un nouveau foyer d’Ebola [en République démocratique du Congo et en Ouganda] rappelle que les menaces sanitaires demeurent bien réelles.
Mais, au milieu de cet agenda déjà surchargé, les millions de personnes qui vivent au bord du précipice – celles que j’ai rencontrées au fil des crises humanitaires – trouveront-elles seulement leur place dans ces discussions ?
Protection sociale mondiale
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