Alors que la France suffoquait, une victoire pour le climat est passée relativement inaperçue. Le tribunal de Paris a rendu le 25 juin son verdict dans la longue bataille qui opposait depuis 2020 TotalEnergies à un collectif d’associations et la ville de Paris. La justice donne six mois au géant pétrogazier pour intégrer les émissions de gaz à effet de serre de ses clients (dites “émissions de scope 3”) dans son plan de vigilance. L’injonction s’applique immédiatement, sans que le groupe français puisse faire appel. C’est un revers majeur pour la multinationale, qui prétendait que le devoir de vigilance inscrit dans une loi de 2017 “ne s’applique pas au changement climatique”, rappelle la Deutsche Welle.

“Le tribunal a estimé que l’entreprise ne pouvait pas se retrancher derrière les consommateurs et devait rendre compte de l’ensemble de ses émissions”, explique Inside Climate News. “C’est une décision capitale, parce qu’elle ouvre la voie à la responsabilisation des multinationales sur les questions climatiques”, se réjouit l’association Sherpa.

Il n’est pas anodin que ce verdict tombe au pic de la canicule, alors que la vague de chaleur inédite qui frappe l’Europe de l’Ouest “est directement liée au changement climatique nourri par les énergies fossiles, selon les scientifiques”, comme l’écrit le média spécialisé. Notre affaire à tous, qui se félicite aussi de la condamnation, rappelle que TotalEnergies est responsable de “près de 1 % des émissions mondiales” de gaz à effet de serre, l’équivalent des “émissions territoriales annuelles d’un pays comme la France”.

Total “prend acte” de la décision et s’engage à mettre à jour son plan de vigilance. La major rappelle toutefois qu’elle a “réduit ses émissions de gaz à effet de serre de 28 % depuis 2015” et que “l’évolution des émissions de ses clients dépend également de leurs choix d’investissement et de consommation, tels que l’achat d’un véhicule électrique, d’une pompe à chaleur ou l’utilisation de biocarburants”. Façon de diluer sa responsabilité ? Certes, nous sommes collectivement responsables de la dégradation du climat. Mais certains plus que d’autres.

Au-delà de Total, cette décision montre l’accélération bienvenue de la justice climatique. Un rapport annuel sur la question publié le même jour par la London School of Economics le confirme : “plus de trois quarts” des 3 600 actions en justice liées au climat intentées depuis quarante ans l’ont été depuis l’accord de Paris en 2015, note Business Green. L’année dernière, 249 nouvelles actions en justice ont émergé “au Guatemala, au Kazakhstan, en Malaisie, à Singapour ou en Zambie”. Car ces batailles juridiques se jouent désormais à l’échelle mondiale : 62 pays sont concernés, “contre 17 seulement il y a dix ans”.

Les plus courantes concernent le “climate-washing”, ces cas où les pouvoirs publics ou des entreprises (TotalEnergies en octobre dernier) sont accusés de discours trompeurs sur la transition vers une économie décarbonée. “Plus de 65 % des affaires de ce type ont été tranchées en faveur des plaignants”, poursuit le site économique spécialisé.

Cette nouvelle vague de justice climatique a cependant son revers : des pollueurs contre-attaquent en portant plainte contre les défenseurs de l’environnement. Pour autant, comme le résume la juge brésilienne Rafaela Santos Martins da Rosa : “Jamais les tribunaux n’ont autant rappelé les obligations climatiques, jamais les affaires portées en justice n’ont été aussi près d’amener les entreprises à rendre des comptes sur leur rôle dans les dérèglements climatiques, jamais les forces opposées à la mise en œuvre de ces obligations climatiques n’ont été à ce point sur la défensive.”

C’est sur cette note d’espoir que Climatiques achève cette saison en enfer et vous donne rendez-vous le 27 août. D’ici là, prenez soin de vous – et de la planète !

En bref

Un plan pour les élèves de Delhi

“Beat the Heat” (“Combattre la chaleur”), c’est le nom du programme mis en place dans les écoles de Delhi pour faire face aux températures de plus en plus élevées, indique The Times of India. Les autorités proposent une série de préconisations. Comme une sonnerie quotidienne appelée “cloche d’hydratation”, pour rappeler aux élèves de boire de l’eau, la mise à disposition de solutions de réhydratation ou la création d’aires de repos ombragées. Suffisant ? Pour en savoir plus, c’est ici.

Trop chaud pour travailler

“Au-delà de 30 °C, la productivité chute de 3 % par degré supplémentaire, tandis que les coûts énergétiques augmentent de 1,2 % par degré”, explique à la Deutsche Welle l’économiste Katharina Utermöhl, coautrice d’une étude sur l’impact des canicules sur l’économie. Avec ses collègues, elle conclut que les fortes chaleurs constituent un “risque économique structurel” pour l’Europe. Pour en savoir plus, c’est ici.

Vers des éoliennes faciles à installer

Construire des éoliennes “sans avoir recours à des fondations en béton ou à d’énormes grues, et sans modifier le terrain où elles sont installées” afin d’“apporter de l’électricité dans les zones où les installations classiques sont impossibles”, telle est la promesse d’une entreprise française que le site hispanique El Confidencial met à l’honneur. Pour en savoir plus, c’est ici.

À relire

Der Spiegel, 01/07/2026 : Reportage. En état d’urgence climatique depuis six ans, Constance peine à tenir ses promesses
New Scientist, 30/06/2026 : Climat. Cette terrifiante vague de chaleur n’est qu’un avant-goût de ce qui nous attend
Asahi Shimbun, 25/06/2026 : Expédition polaire. Comment le changement climatique fait-il fondre l’Antarctique ?

Vous venez de lire l’édition no 149 de Climatiques.