L’histoire remonte au 15 octobre 2021. Ce matin-là, deux bébés naissent à quelques minutes d’intervalle dans un hôpital d’Inhumas, dans l’État du Goiás, dans le centre du Brésil. Les restrictions liées à la pandémie de Covid-19 sont encore en vigueur et aucun des deux pères n’est autorisé à assister à l’accouchement.

“Chaque famille est ensuite rentrée chez elle avec un bébé et tous ont repris le cours de leur vie”, jusqu’à ce que, trois ans plus tard, la séparation de l’un des couples “débouche sur un cauchemar qui allait bouleverser leur existence” : l’enfant qu’ils élevaient n’était pas leur fils biologique et avait été échangé avec l’autre nourrisson à la maternité, raconte la correspondante au Brésil du quotidien espagnol El País.

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Largement médiatisée, l’affaire est revenue dans l’actualité le 19 mai avec l’annonce de la condamnation de l’hôpital, sommé de verser 1 million de réais (environ 170 000 euros) d’indemnités aux familles pour préjudice moral. L’établissement peut encore faire appel.

Tout est parti d’un test ADN demandé par Cláudio Alves lors de sa rupture d’avec Yasmin Kessia da Silva pour vérifier sa paternité. Le test s’est révélé négatif. Son ex-compagne a alors décidé de se soumettre elle aussi à l’examen : “S’il n’était pas le fils de Cláudio, il n’était pas le mien non plus”, raconte-t-elle. Les résultats ont “confirmé les soupçons” : l’enfant “n’était pas de leur sang”.

Ils se sont souvenus qu’un autre bébé était né le même jour dans la maternité et ont fini par retrouver ses parents, qui ont à leur tour effectué des tests, confirmant que chaque couple avait élevé l’enfant de l’autre.

Garde partagée

S’est alors engagée une “bataille juridique”, doublée d’un “douloureux processus de rapprochement” entre les deux familles, “dont les destins ont été liés à vie par une erreur humaine” à l’hôpital, souligne le quotidien.

Selon l’enquête policière, classée en mars 2025, l’identification des nourrissons avait en effet été “correctement effectuée” à la naissance. La “confusion” serait survenue au moment où une aide-soignante a remis les bébés aux parents, explique le site G1, du groupe Globo.

En octobre 2025, la justice, qui a reconnu une “souffrance psychologique intense”, a ordonné un retour progressif des enfants dans leur famille biologique, dans le cadre d’une garde partagée, et modifié les actes de naissance pour y inscrire les noms des quatre parents.

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Au sujet de l’indemnisation, l’un des pères, interrogé par le site, affirme qu’“aucune somme d’argent ne pourra compenser l’épreuve traversée”. L’adaptation des enfants demeure “difficile”, confit-il, ceux-ci n’ayant “pas encore accepté leur père biologique”.

Si la maternité assure qu’il s’agit d’un “cas unique” en plus de soixante ans d’existence, ce type d’erreur ne serait pas rare au Brésil. Selon une étude de l’Institut brésilien de géographie et de statistique (IBGE) relayée par la radio BandNews, les cas de bébés échangés à la maternité pourraient concerner une naissance sur 6 000.

Chaque année, 400 familles concernées

Avec une moyenne annuelle d’environ 2,5 millions de naissances dans le pays, plus de 400 parents quitteraient ainsi l’hôpital chaque année “avec un enfant qui n’est pas [le] leur”.

D’autres cas ont été recensés dans l’État du Goiás. En 2019, à une quarantaine de kilomètres d’Inhumas, deux familles ont découvert après une vingtaine de jours qu’elles étaient reparties de la maternité avec le mauvais nourrisson. Selon un autre article de G1, une aide-soignante avait inversé les vêtements des bébés après le bain et les bracelets d’identification s’étaient détachés. Dix ans plus tôt, deux incidents similaires avaient déjà été signalés dans un hôpital de la région, à quelques mois d’écart.

En 2010, Gazeta do Povo relatait la situation de deux adolescentes du sud du Brésil. Lorsque l’erreur a été découverte, sept ans après la naissance des jeunes filles, les deux couples ont choisi de ne pas procéder à un nouvel échange. “Ils ont légalement renoncé à leur fille biologique et adopté [celle] qu’ils avaient élevée”, expliquait l’hebdomadaire, ajoutant que les familles étaient restées proches.

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Depuis 2018, une loi impose la prise des empreintes du nouveau-né et de sa mère à la maternité, ainsi que la pose immédiate d’un bracelet d’identification. “Si ces [procédures] étaient effectivement respectées, nous n’aurions pas ces cas très graves et traumatisants”, déplore auprès de BandNews un ancien secrétaire national aux Droits de l’enfant et de l’adolescent.

Certaines régions veulent aller plus loin. Depuis octobre, l’État du Goiás impose une vérification biométrique de la mère et du nourrisson juste avant leur sortie de l’hôpital. Plus au nord, dans le Tocantins, un projet pilote, testé jusqu’à la fin de mai dans une maternité, mise sur la collecte d’images du visage, de l’iris et des empreintes digitales des nouveau-nés afin de les intégrer au système d’identification national, rapporte encore G1. Une expérimentation appelée à être étendue à l’ensemble de l’État.