“Pas d’allemand, pas d’entrée”, annonce le quotidien régional Hessisch-Niedersächsische Allgemeine (HNA). À Halle, dans le Land allemand de Saxe-Anhalt, la piscine naturelle Heidebad refuse l’entrée aux “personnes ne parlant pas allemand”. Une disposition qui, outre-Rhin, “provoque d’énormes remous”.
Interrogé sur le fondement de sa décision, Mathias Nobel, directeur de l’établissement, a invoqué, le lundi 22 juin, des raisons de sécurité. Comme il l’a expliqué à l’Agence de presse allemande (DPA), une mauvaise compréhension des règles de baignade présente des risques pour les visiteurs, particulièrement pour les jeunes enfants. Pas plus tard que le week-end dernier, Nobel aurait d’ailleurs “dû récupérer un jeune enfant qui se trouvait dans une zone bien trop profonde”.
Autre argument avancé : “soulager le personnel”. Selon Mathias Nobel, “il y a eu des conflits par le passé, car les maîtres-nageurs n’étaient pas disposés à traduire les règles de la baignade une par une, avec un logiciel de traduction”.
“Se baigner uniquement si on maîtrise l’allemand ? […] Voilà qui est tout à fait attaquable juridiquement”, avance Der Spiegel. Tout en reconnaissant que l’incompréhension des consignes de sécurité peut nuire à la sécurité des baigneurs, l’hebdomadaire allemand rappelle que “la loi générale sur l’égalité de traitement (AGG) s’applique également aux baignades publiques”. Son article 19 proscrit en effet “toute discrimination en raison de l’origine ethnique” – ce qu’on devine derrière l’obligation de “maîtrise de l’allemand” de Mathias Nobel.
Une mesure symbolique ?
Dans cette commune au conseil municipal dominé par l’AfD, la mesure est d’autant plus controversée que “le lac de Heide [où se situe le lieu de baignade] se trouve tout près de Neustadt, une immense cité de l’époque de la RDA”, qui abrite une importante population immigrée, rappelle Der Spiegel. Il est donc “fort possible” que “nombre de personnes fréquentant la piscine naturelle ne parlent pas bien l’allemand”.
“Ce n’est pas une question de langue. La connaissance de l’allemand ne résoudra pas le problème”, cingle Ralf Großmann dans un article de Focus Online. Lui-même maître-nageur expérimenté, il a constaté que “les gens ne lisent tout simplement pas le règlement”, autant “ceux qui sont de langue maternelle allemande, que ceux dont la langue maternelle est différente”.
En cas de danger, “un ‘Stop !’ clair, un coup de sifflet, un regard” suffisent, ajoute-t-il, nul besoin de comprendre parfaitement l’allemand. “Ce n’est pas le passeport ni la langue maternelle qui détermine la sécurité dans une piscine, mais le comportement de chacun.” Une opinion partagée par Mamad Mohamad, directeur général du Réseau régional des organisations de migrants de Saxe-Anhalt (Lamsa), qui déplore le fait que “la langue puisse déterminer si quelqu’un a le droit, ou non, de se rafraîchir”, rapporte le Mitteldeutscher Rundfunk (MDR).
Le mardi 23 juin, la municipalité de Halle a officiellement exhorté Mathias Nobel à lever l’interdiction, rapporte la HNA. L’objectif étant désormais de trouver “une solution à l’amiable le plus vite possible”. D’ici là, pour s’assurer de la sécurité des baigneurs, la Société allemande de sauvetage (DLRG) préconise la mise en place d’“indications facilement compréhensibles, reposant sur des symboles”, indique Der Spiegel. Des “prospectus comportant un code QR renvoyant à un site présentant les règles les plus importantes en plusieurs langues” pourraient également être mis à disposition.
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