“C’est un cas typique d’évolution à l’œuvre.” Le magazine américain Science raconte comment un insecticide utilisé dans les années 1950 a finalement été abandonné parce qu’il il était devenu inefficace : les moustiques du genre Anopheles, vecteurs du paludisme, avaient muté pour y devenir insensibles.
Sauf que l’histoire ne s’est pas arrêtée là. L’une de ces mutations génétiques pourrait avoir eu d’autres effets. “Ce qui a autrefois permis aux insectes d’échapper à la mort pourrait désormais les aider à trouver des partenaires”, écrit Science, résumant ainsi les résultats, disponibles sur la plateforme de prépublication bioRxiv, d’une équipe internationale.
C’est “une nouvelle hypothèse fascinante”, estime Francesco Baldini, biologiste spécialiste des vecteurs d’agents pathogènes à l’université de Glasgow, interrogé par Science et qui n’a pas participé aux travaux.
Les chercheurs ont été intrigués de voir qu’on retrouvait cette mutation chez les moustiques des décennies après l’arrêt du pesticide, alors même qu’elle les rend moins actifs. Surtout, ils se sont aperçus qu’elle était distribuée différemment selon qu’il s’agit de populations rurales ou urbaines.
Une hypothèse à confirmer
“Étant donné que la reconnaissance acoustique est essentielle pour la formation d’un couple, nous avons émis l’hypothèse que les mutations de résistance confèrent un effet pléiotrope à l’accouplement, ce qui pourrait influer sur la sélection sexuelle”, écrivent les auteurs de l’étude. On parle d’“effet pléiotrope” pour qualifier un gène ayant la particularité d’influencer plusieurs caractères sans lien apparent entre eux.
Des expériences en laboratoire sur des moustiques prélevés sur le terrain à Bangui, en Centrafrique, et dans des régions rurales, ont permis de les éprouver dans différents environnements sonores et de mesurer le taux de succès avec lequel ils se reproduisaient. Les chercheurs se sont aperçus que les insectes porteurs de la mutation avaient un avantage auditif favorisant leur persistance dans les environnements urbains bruyants.
Néanmoins, relève dans Science Lauren Cator, biologiste à l’Imperial College de Londres, qui n’a pas non plus pris part aux travaux, “l’étude n’a pas cherché à déterminer directement si la mutation modifiait l’audition des femelles ou leur choix de partenaire, ce qui rend l’interprétation du mécanisme sous-jacent plus hypothétique”.
Pour en avoir le cœur net, il ne faudrait pas se contenter d’observations comportementales et mener des expériences sur les organes auditifs situés dans les antennes des moustiques.
Les moustiques peuvent se souvenir de l’odeur des insecticides et les éviter
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