En France, c’est une habitude à laquelle on ne prête même pas attention. Lorsque l’on arrive dans un restaurant, une carafe d’eau est presque immédiatement posée sur la table. Mais ce protocole n’est pas valable partout, et surtout pas chez nos voisins transalpins. En Italie, en effet, la carafe au restaurant n’est pas du tout intégrée dans les mœurs. Si l’on veut de l’eau du robinet, il faut la demander, au risque d’essuyer les regards de travers des serveurs. À moins que sa requête ne soit tout simplement refusée.
C’est exactement ce qui est arrivé à une touriste qui se trouvait dans un hôtel luxueux de Corvara in Badia, dans les Dolomites, raconte le Corriere della Sera.
“Elle avait commandé de l’eau du robinet pour accompagner son repas, et avait essuyé un refus : à table, on ne peut qu’acheter des bouteilles d’eau minérale de 0,75 litre à 7 euros l’unité, lui avait-on répondu.”
Excédée après plusieurs refus lors des repas, la femme avait finalement décidé d’attaquer en justice l’hôtel, avec l’argumentaire suivant, cité par le média milanais : “L’eau est un bien naturel et un droit humain universel de chaque individu, et la distribution gratuite d’une quantité minimale vitale nécessaire à la satisfaction des besoins essentiels doit être garantie.”
Stress émotif
Par ailleurs, pointait-elle du doigt, pouvoir bénéficier d’eau du robinet devrait être naturel dans le cadre d’une offre touristique dans un établissement de luxe, “comme l’on donne pour acquis de trouver un lit avec des draps, une chambre chauffée ou du savon dans les toilettes”. Pour toutes ces raisons, cette touriste demandait environ 2 700 euros de dommages et intérêts pour compenser une “perte économique et un stress émotif”. Les faits s’étaient déroulés lors d’une semaine de vacances entre fin 2019 et 2020, et désormais, après six ans de jugements et de recours, la Cour de cassation italienne a clos le débat pour de bon.
“Celle-ci a clarifié sans contestation possible qu’il n’existe, dans l’ordre juridique italien, aucune disposition légale imposant aux professionnels du secteur de la restauration ou de l’hébergement l’obligation de servir de l’eau du robinet, rapporte Il Fatto Quotidiano. Les juges ont établi qu’en l’absence d’un accord contractuel conclu au préalable entre l’hôtel et le client au moment de la réservation, le choix de ne vendre que de l’eau en bouteille relève de la liberté d’entreprise de chaque établissement commercial. En résumé, l’eau du robinet servie à table n’est pas un droit acquis du client.” Et peu importe si, dans le cas présent, la touriste avait payé 5 700 euros son séjour “boissons exclues”.
“La sentence de la Cour de cassation clôt définitivement une discussion qui anime les tables des restaurants italiens depuis des années”, en conclut le média romain. Un débat qui, fort heureusement, n’existe pas de ce côté-ci des Alpes.
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