La situation est “inacceptable”, juge le quotidien bangladais Prothom Alo. Une épidémie de rougeole fait rage au Bangladesh et elle a coûté la vie à plus de 500 enfants depuis le mois de mars. Le pays, qui s’était fixé pour objectif d’éliminer la rougeole cette année, est “confronté à une grave crise sanitaire”.
Le professeur Be-Nazir Ahmed, ancien directeur de l’organisme gouvernemental de contrôle des maladies, dénonce les nombreux manquements des autorités, en particulier du gouvernement intérimaire de Muhammad Yunus, qui a dirigé le pays durant dix-huit mois jusqu’aux élections législatives du 12 février. “Les lourdeurs bureaucratiques, la complexification inutile d’un système de gestion de la vaccination déjà en place, le non-respect du calendrier de la campagne de vaccination et plusieurs autres facteurs ont pris le pays au dépourvu”, estime cet expert dans les colonnes de Prothom Alo.
Toujours pas de déclaration officielle d’épidémie
L’actuel ministre de la Santé a annoncé l’annulation des congés des médecins chargés du traitement de la rougeole pendant l’Aïd El-Kébir, ou Aïd El-Adha – fête musulmane célébrée dans ce pays le jeudi 28 mai.
Mais, relève Be-Nazir Ahmed, “si la rougeole avait été [officiellement] déclarée épidémie” – ce qui n’est pour l’heure pas le cas –, les enfants auraient reçu un traitement standardisé jusque dans les plus petites localités. Les familles n’auraient pas eu à se déplacer jusqu’à Dacca, la capitale, comme c’est le cas aujourd’hui pour les malades les plus critiques.
“Un plan d’intervention d’urgence aurait également dû être mis en place. Or rien de tout cela n’existe”, souligne-t-il.
“Par conséquent, le flux lié aux hospitalisations et aux décès dus à la rougeole dans les hôpitaux se poursuit sans relâche.”
Plus de 60 000 cas suspects
Ibrahim Khalil, 7 ans, surnommé “Samit” par ses proches, souffrait de fièvre et de symptômes semblables à ceux de la rougeole, rapporte The Daily Star. Il a dû être transféré d’hôpital en hôpital. “À chaque transfert, le constat était le même : les ressources disponibles à proximité étaient insuffisantes”, regrette le quotidien bangladais anglophone. “Les médecins ont déclaré qu’il avait besoin de soins intensifs à Dacca. Son père, Mofizul Haque, n’avait pas les moyens de l’y emmener.” L’enfant est mort le dimanche 24 mai. “Pour l’État, ce ne sont peut-être que des données statistiques”, lance le journal.
Selon les autorités, 18,4 millions d’enfants âgés de 6 mois à moins de 5 ans ont été vaccinés dans le cadre d’une grande campagne. Mais, assène le journal, “la question n’est pas de savoir si le gouvernement agit maintenant”.
“La question est de savoir pourquoi le pays a dû en arriver là.”
Al Amin, qui vit avec sa famille à Dacca, affirme que sa fille Akira, morte de la rougeole, avait reçu tous ses vaccins à l’exception de celui-ci, rapporte la BBC. Sa famille avait tenté de faire vacciner la fillette à quatre reprises, mais le produit n’était pas disponible.
En un peu plus de deux mois, le nombre de cas suspects de rougeole a dépassé 60 000 au Bangladesh, selon le ministère de la Santé. Très contagieuse, la maladie se propage rapidement par la toux et les éternuements et est particulièrement dangereuse pour les jeunes enfants non vaccinés de moins de 5 ans. “La rougeole n’est pas mystérieuse, rappelle néanmoins le Daily Star. Elle est évitable.”
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