L’administration Trump a finalement levé l’obligation pour la start-up Anthropic d’obtenir une licence avant d’exporter Fable 5, la version grand public – et bridée – de Mythos, son modèle le plus puissant, capable de mener des cyberattaques. Cette décision “met fin à un conflit qui a montré comment la Maison-Blanche intervient pour répondre aux préoccupations concernant la sécurité dans le secteur en plein boom de l’intelligence artificielle (IA)”, commente The Wall Street Journal.

À lire aussi : IA. Les vrais ressorts du clash entre Anthropic et le Pentagone

Le 12 juin, le gouvernement américain avait ajouté Fable et Mythos à la liste des technologies soumises à des restrictions d’exportation, ce qui signifiait qu’ils ne pouvaient plus être mis à la disposition de ressortissants étrangers sans autorisation spéciale – une restriction touchant également les étrangers travaillant aux États-Unis, y compris les employés d’Anthropic. Le respect de cette règle s’étant avéré impraticable, la start-up avait décidé de désactiver totalement les deux modèles.

Après plusieurs semaines de négociations, le ministre du Commerce, Howard Lutnick, a annoncé le 30 juin avoir passé un accord avec Anthropic. Aux termes de cet accord, la start-up “a accepté de détecter et de traiter de manière proactive les risques de sécurité associés aux modèles, de travailler avec diligence avec le gouvernement américain sur les protocoles, les normes et les versions de Mythos, de Fable et des futurs modèles, et d’informer le gouvernement américain de toute activité malveillante”.

Un virage à 180 degrés

De son côté, Anthropic a fait savoir que l’entreprise collaborait avec d’autres géants de la tech, dont Amazon, Microsoft et Google, “afin d’élaborer un cadre consensuel pour évaluer la gravité des jailbreaks, ces piratages qui contournent les mesures de sécurité, et de définir comment les développeurs d’IA doivent y réagir”.

L’accès à Fable 5 devrait donc être progressivement rétabli à partir du 1er juillet, après une interruption de deux semaines et demie, une situation “sans précédent pour une entreprise d’IA américaine de premier plan”, souligne le Wall Street Journal. La semaine dernière, l’administration avait autorisé Anthropic à relancer Mythos 5, mais seulement auprès d’une centaine de partenaires américains préalablement sélectionnés.

À lire aussi : Vu du Royaume-Uni. Avec l’interdiction de certains de ses modèles d’IA, Anthropic récolte ce qu’elle a semé

Les restrictions imposées par l’administration américaine marquent un tournant pour l’industrie de l’IA, souligne le quotidien. “Après avoir appliqué une approche de laisser-faire pendant plus d’un an, la Maison-Blanche a opéré un virage à 180 degrés, souhaitant une plus grande implication des experts en cybersécurité et en sécurité nationale dans l’évaluation des modèles d’IA et des menaces qu’ils peuvent représenter.” OpenAI, créateur de ChatGPT, propose des produits aux capacités similaires à celles de Fable 5, également disponibles en version bridée, sur instruction de l’administration américaine.

Outre le fait qu’il a exacerbé les tensions entre la Maison-Blanche et la Silicon Valley, l’épisode a également provoqué une vive réaction de la part de gouvernements étrangers et a relancé le débat sur la souveraineté numérique.