En direct Dimanche 16 Août 2026
Culture

«We Shall Overcome» et la lutte pour les droits civiques

Le 28 août 1963, à Washington, 250 000 personnes, dont 80% d’Africains Américains, participent à la Marche pour l’emploi et la liberté, organisée par le mouvement pour les droits civiques. Et c’est ce jour-là qu’une chanson pourtant déjà connue, « We Shall Overcome », devient le s

«We Shall Overcome» et la lutte pour les droits civiques
HaitiCreoleRadio.com
Des refrains pour l'Histoire

«We Shall Overcome» et la lutte pour les droits civiques

Publié le :

Le 28 août 1963, à Washington, 250 000 personnes, dont 80% d’Africains Américains, participent à la Marche pour l’emploi et la liberté, organisée par le mouvement pour les droits civiques. Et c’est ce jour-là qu’une chanson pourtant déjà connue, « We Shall Overcome », devient le symbole de la lutte pour les droits civiques. 

Le 28 août 1963, devant le Washington Monument lors de la marche sur Washington pour l'emploi et la liberté.
Le 28 août 1963, devant le Washington Monument lors de la marche sur Washington pour l'emploi et la liberté. AP - Anonymous
Publicité

La Marche pour l’emploi et la liberté est un rendez-vous historique à plus d’un titre. C’est devant la foule réunie devant le Lincoln Memorial que Martin Luther King prononce son fameux discours « I Have a Dream ». C’est aussi là que la chanteuse folk Joan Baez, 22 ans, entonne « We Shall Overcome », « nous triompherons », qui devient instantanément la chanson-symbole de la lutte des Africains Americans pour leurs droits. 

The Freedom Singers, «We Shall Not Be Moved»

La concurrence était pourtant rude : ce jour-là ont aussi chanté les Freedom Singers, un groupe vocal qui voyage à travers tout le pays pour lever des fonds pour la lutte pacifique ; la « reine du Gospel » Mahalia Jackson, très investie dans le mouvement – c’est d’ailleurs elle qui appellera Martin Luther King à parler de son rêve ; ou encore le trio Peter Paul, and Mary, qui interprète « Blowin’ In The Wind », le futur tube de Bob Dylan - présent lui aussi. 

Mais c’est bien de Joan Baez et We Shall Overcome dont tout le monde se souviendra. 

L’histoire d’un chant d’espoir  

Il faut dire que la chanson est déjà connue, et qu'elle a « le génie de la simplicité », dixit Pete Segger, un de ses auteurs. Un chant simple, mais au message fort – un chant d’union et d’espoir, malgré les obstacles. Si Pete Segger est un auteur parmi d’autres de ce morceau, c'est parce que, comme toutes les chansons folk – c’est-à-dire de musique populaire traditionnelle américaine, « We Shall Overcome » est l'aboutissement de dizaines d’années d’évolution de morceaux plus anciens. 

La plus ancienne des versions connues remonte à 1901 : le pasteur afro-américain Charles Tindley, un ancien esclave, se serait inspiré d’une folk song chantée dans les plantations pour écrire un gospel, « I Will Overcome Someday ». 

Carolyn Disnew-Zameret, «I will Overcome Someday»

Au fil des années, le morceau évoluera, influencé semble-t-il par la mélodie de « No More Auction Block ». Les Auction blocks, ce sont ces plateformes sur lesquelles étaient vendus les esclaves. Et la mélodie remonterait encore plus loin – inspirée par des chants européens du 17e siècle, comme « O Sanctissima ». 

Mais revenons au gospel « I Will Overcome Someday » : il sort des églises, devient un chant de combats – en 1909, le syndicat des mineurs en parle déjà comme de cette « bonne vieille chanson ». 

Mais c’est en 1945 que s’écrit la suite de son histoire : il est chanté lors d’une grève des ouvriers du tabac – surtout des ouvrières, noires, à Charleston, Caroline du Sud ; et celle qui apprend ce morceau aux autres, Lucille Simmons, passe de l’individuel, « I Will Overcome », au collectif, « We Will Overcome » – nous triompherons. 

La chanson part ensuite dans le Tennessee, à la Highlander Folk School – une institution qui forme des militants des droits civiques. Là, elle évolue encore, et le fameux Pete Seeger (mais aussi une enseignante de l’école, Septima Clark) lui donnent son titre définitif : « We Shall Overcome », passant de « will » à « shall » – le sens reste le même, mais explique Pete Seeger, « c’est plus musical ». 

Pete Seeger, «We Shall Overcome»

Un symbole de lutte 

Avec la marche de 1963, « We Shall Overcome » devient le symbole de la lutte pour les droits civiques. Et lorsqu’en 1965, le président Lyndon Johnson apparaît devant le Congrès américain, et devant 70 millions de téléspectateurs américains, pour demander le droit de vote pour les Africains Américains, ce n’est pas par hasard qu’il choisit de dire, à deux reprises, « We Shall Overcome ». « Leur cause doit aussi être notre cause, parce que ce ne sont pas seulement les Noirs, mais en fait c’est nous tous qui devons vaincre l’héritage accablant de la bigoterie et de l’injustice. Nous triompherons ».

Trois ans plus tard, quelques jours avant son assassinat, Martin Luther King soulignera l’importance : « Il y a une petite chanson que nous chantons dans notre mouvement, là-bas dans le Sud. C’est devenu un véritable hymne. Combien de fois ai-je uni mes mains à celles d'étudiants et d'autres, derrière les barreaux d'une prison, pour la chanter : "Nous triompherons". Parfois, nous avions les larmes aux yeux en l'entonnant tous ensemble, mais nous choisissions tout de même de la chanter : "Nous triompherons". Oh, avant que cette victoire ne soit remportée, certains devrons encore être jetés en prison, mais nous triompherons. ».

« We Shall Overcome » devient le chant de toutes les rébellions, chantée dans les années 70, lors des manifestations d'étudiants en Corée du sud, qui l’interdira ; en Afrique du Sud lors du soulèvement du Township de Soweto ; à la fin des années 80 sur la place Tiananmen à Pékin, en Tchécoslovaquie lors de la révolution de velours… Elle sera traduite en Hindi, en Espagnol... Pour la Bibliothèque du Congrès américain, « We shall Overcome » est « la chanson la plus puissante du 20ème siècle ». 

Suivez toute l'actualité internationale en téléchargeant l'application RFI

Voir les autres épisodes
  • «Ka Nou Pé Fè»: quand la Guadeloupe cherche sa voix Cet été, Des refrains pour l'histoire revient pour une deuxième saison. Le principe est simple : raconter la grande Histoire à travers des chansons populaires devenues des repères collectifs. Derrière chaque morceau se cache un événement, une époque, un fait de société ou un pan de mémoire que ces chansons ont contribué à transmettre. Aujourd'hui, « Ka Nou Pé Fè » titre signé Les Vikings de la Guadeloupe.
    15/08/2026
    06:55
  • Comment une chanson ukrainienne est devenue «Carol of the Bells»? Cet été, Des refrains pour l'histoire revient pour une deuxième saison. Le principe est simple : raconter la grande Histoire à travers des chansons populaires devenues des repères collectifs. Derrière chaque morceau se cache un événement, une époque, un fait de société ou un pan de mémoire que ces chansons ont contribué à transmettre. Aujourd'hui, Kseniya Zhornokley de la rédaction ukrainienne de RFI nous raconte l'histoire d'une chanson que tout le monde connait comme un chant de Noël, mais dont la version originale représente depuis plus d'un siècle l'identité ukrainienne.
    09/08/2026
    05:32
  • «Africa Mia» de Las Maravillas de Mali: quand Cuba et le Mali écrivaient une histoire en musique Cet été, Des refrains pour l'histoire revient pour une deuxième saison. Le principe est simple : raconter la grande Histoire à travers des chansons populaires devenues des repères collectifs. Derrière chaque morceau se cache un événement, une époque, un fait de société ou un pan de mémoire que ces chansons ont contribué à transmettre. Aujourd'hui, une chanson, « Africa Mia », de Las Maravillas du Mali, fruit du rapprochement entre le Mali et Cuba, deux pays qui, au temps de la guerre froide, partageaient un même idéal socialiste et anticolonial.
    08/08/2026
    07:17
  • «Apesar de Você» de Chico Buarque, la samba qui dénonce les horreurs de la dictature brésilienne Cet été, Des refrains pour l'Histoire revient pour une deuxième saison. Le principe est simple : raconter la grande Histoire à travers des chansons populaires devenues des repères collectifs. Derrière chaque morceau se cache un événement, une époque, un fait de société ou un pan de mémoire que ces chansons ont contribué à transmettre. Aujourd'hui, Daniella Franco de la rédaction brésilienne de RFI, nous fait découvrir la chanson « Apesar de Você » de Chico Buarque. Une chanson qui revient souvent dans l'histoire du Brésil, quand la démocratie est menacée....
    02/08/2026
    06:52
  • Avec «Liwa Ya Emery», Franco Luambo chante l'assassinat de Patrice Lumumba en RDC Des refrains pour l'histoire part d'un principe simple : raconter la grande histoire à travers des chansons populaires devenues des repères collectifs. Derrière chaque morceau se cache un événement, une époque, un fait de société ou un pan de mémoire que ces chansons ont contribué à transmettre. Aujourd'hui, « Liwa Ya Emery » de Franco Luambo. En janvier 1961, les assassins de Patrice Lumumba croient qu’en faisant disparaître le corps du Premier ministre congolais, il disparaîtra des mémoires. Quelques jours plus tard, une chanson va pourtant empêcher son nom de sombrer dans l'oubli.
    01/08/2026
    07:11
Article précédent Au Japon, les pluies diluviennes près de Tokyo causent la mo… Article suivant Un premier porte-conteneurs chinois, le « Dubai Tower », a p…

Commentaires (0)

Laisser un commentaire

0 / 2000 caractères

Aucun commentaire. Soyez le premier !