L’alerte a été sonnée par Aldo Policastro, procureur général auprès de la cour d’appel de Naples. Visiblement très inquiet, il a adressé une lettre ouverte à La Repubblica, où il demande aux autorités compétentes d’agir avant qu’il ne soit trop tard. Il en va “de l’âme d’Anacapri”, la grande ville dans les hauteurs de l’île reine du golfe de Naples.

“En montant le long des sentiers du mont Solaro, j’ai pu constater personnellement la présence d’un troupeau de plus de 90 chèvres, s’exclame Aldo Policastro. C’est un chiffre impressionnant pour un écosystème aussi fragile que celui du mont Solaro. Partout, les traces de leur passage sont évidentes : végétation dévorée, arbustes dépouillés, genêts et cistes qui ne parviennent plus à pousser, murets en pierres sèches transformés en éboulis, rochers fissurés ou arrachés, risquant de dévaler la pente. Personne n’a l’intention de diaboliser ces animaux, mais lorsque leur présence devient si massive qu’elle compromet l’équilibre environnemental, une solution s’impose.” Oui, mais laquelle ?

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En réalité, le problème de la prolifération des caprins en ce lieu ne date pas d’hier. En 2023, déjà, rappelle Il Post, “la commune d’Anacapri avait tenté de limiter l’explosion de la population des chèvres en ordonnant la capture et le transfert de certains animaux loin de l’île, indique le site d’information. Mais finalement, les associations de défense des animaux avaient réussi à bloquer le projet.”

Le maire d’Anacapri, Francesco Cerrotta, a donc aujourd’hui beau jeu de rappeler ce dénouement pour se dédouaner de toute responsabilité. Mieux, l’édile a même trouvé un coupable pour cette situation, en pointant discrètement du doigt le réalisateur napolitain Mario Martone.

Le film “Capri-Revolution” dans le viseur

“Je ne me souviens pas de toutes ces chèvres ici par le passé”, a affirmé l’air de rien Francesco Cerrotta, dont les déclarations sont relayées par un autre article de La Repubblica. “Beaucoup ont été amenées ici pour le tournage du film Capri-Revolution et ont ensuite été laissées sur place, où elles ont commencé à se reproduire.” Ce film de Mario Martone, sorti en 2018 après avoir fait partie de la sélection officielle de la Mostra de Venise, mettait précisément en scène une jeune gardienne de chèvres dans le contexte de la Première Guerre mondiale. Mais le réalisateur s’est défendu d’être le responsable de la situation : selon lui, il y avait déjà des chèvres sur place, et celles qui avaient été amenées sur l’île pour les besoins du tournage auraient ensuite regagné leurs pénates.

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Le quotidien romain ne tranche pas la querelle entre le maire et le cinéaste, mais assure que la commune s’apprêterait à intensifier une politique de stérilisation qui serait déjà en cours. Une solution qui permettra peut-être de couper la poire en deux, suggère La Repubblica : “Garder suffisamment de chèvres pour qu’elles continuent à faire partie de ce paysage sentimental, mais pas assez pour qu’elles le dévorent entièrement.”