Il ne faut pas se fier au langage diplomatique. Derrière des formules en apparence policées et sans enjeu se cachent souvent de vraies batailles et des questions lourdes de sens. L’adoption, lundi 15 juin, par le Conseil de sécurité de l’ONU, de la résolution 2822 prorogeant le mandat de la mission politique des Nations unies en Afghanistan (Manua) jusqu’au 17 juin 2027 n’échappe pas à la règle. Avant de parvenir à un vote unanime et de s’en féliciter dans un communiqué anodin, les membres du Conseil se sont écharpés sur la place que la communauté internationale devait réserver au régime des talibans afghans, revenu, le 15 août 2021 au pouvoir, par la force.
Des échanges tendus, qualifiés pudiquement de « divergences » par l’institution, ont tout d’abord porté sur la manière même de définir ce régime islamiste honni et mis au ban des nations à cause de sa politique d’exclusion et de répression visant les femmes. Selon le récit d’un diplomate français, la Chine et la Russie entendaient décrire dans la résolution les dirigeants talibans comme « les autorités de facto ». Après d’intenses débats, notamment sous la pression de la France, du Royaume-Uni et des Etats-Unis, qui voyaient dans cette terminologie une reconnaissance officielle, ont obtenu d’écarter cette expression au profit de « l’ensemble des acteurs et parties prenantes politiques afghans concernés, en particulier les autorités compétentes ».
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