Il y a près d’une décennie, en 2017, les Zimbabwéens célébraient comme un seul homme la chute du président Robert Mugabe, renversé par une révolution de palais après près de trente ans de règne. Le départ du « camarade Bob » avait suscité l’espoir d’un changement démocratique. Dix ans plus tard, celui-ci paraît définitivement enterré. Dans la droite lignée de son mentor, son successeur et ancien bras droit, Emmerson Mnangagwa, semble lui aussi déterminé à s’éterniser au pouvoir.
Le 18 juin, le chef de l’Etat a fait modifier la Constitution pour prolonger son mandat de deux années supplémentaires – jusqu’en 2030 – et s’ouvrir la voie d’une présidence à vie. Porté au pouvoir en 2017, Emmerson Mnangagwa avait promis, devant un stade comble, à Harare, de « ne pas gâcher l’occasion de changer la culture politique » du pays, marqué par un népotisme décomplexé. Mais, depuis, celui que l’on surnomme le « Crocodile » a pris goût au pouvoir. Au point d’emprunter à l’ancien régime ses méthodes, tout en prétendant de rompre avec l’héritage de Robert Mugabe.
Issu des rangs de l’armée, le chef de l’Etat, 83 ans, ne s’est pas contenté de cadenasser la vie politique zimbabwéenne en éliminant toute opposition. Il a modifié la Constitution sans passer par un référendum, comme l’exige pourtant la loi : le texte a été adopté par la chambre base du Parlement, où les députés de son parti, la ZANU-PF, au pouvoir depuis l’indépendance de 1980, disposent d’une large majorité.
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