Emmanuel Macron s’est alarmé, mardi 30 juin, de l’augmentation du nombre d’exécutions dans les pays où la peine de mort est toujours en vigueur et a exprimé son inquiétude quant aux projets allant à l’encontre du mouvement abolitionniste, notamment en Israël et dans les pays du Sahel.
« La peine de mort reste encore, dans de nombreuses régions du monde, une réalité », a déclaré le président de la République au 9e congrès mondial contre la peine de mort à la Maison de la radio, à Paris. « Jamais les exécutions n’ont été aussi nombreuses dans les pays qui ont encore ce principe », a-t-il souligné, « avec 2 707 personnes exécutées par les autorités de 17 pays seulement ».
Le chef de l’Etat a toutefois salué les récentes abolitions de la peine de mort en Zambie ou au Zimbabwe, ou encore les réformes visant à réduire le recours à la peine capitale dans d’autres pays depuis la dernière édition de ce principal rendez-vous abolitionniste mondial à Berlin en 2022. « Ces décisions nous rappellent qu’aucune fatalité n’attache durablement un peuple à la peine de mort et que l’abolition n’est pas un idéal lointain », a estimé M. Macron.
« Elle ne dissuade pas »
« Et à ce titre, je ne peux voir qu’avec inquiétude ce que, dans le Sahel ou en Israël, certains poussent avec des textes de loi proposés que, je l’espère, les cours suprêmes en indépendance et en conscience auront à juger », a affirmé le président français. Le Parlement israélien a adopté, en mars, un projet de loi instaurant la peine de mort pour les Palestiniens accusés de meurtre commis dans le cadre d’actions « terroristes ». Au Sahel, le régime militaire du Burkina Faso a annoncé, en décembre, le rétablissement de la peine de mort dans son code pénal.
« La peine de mort n’a jamais rendu une société plus sûre. Jamais. Parce qu’elle ne dissuade pas. C’est faux. Cela a été montré, observé, mesuré », a poursuivi M. Macron, avant d’insister : « La peine de mort n’a jamais eu la valeur dissuasive que certains pouvoirs souvent autoritaires qui la défendent voudraient lui accorder. Elle peut être une arme, elle n’est jamais un bouclier. »
Le mouvement abolitionniste est « une bataille pour la dignité humaine et éminemment contemporaine », a affirmé Emmanuel Macron, et a estimé que l’abolition de la peine de mort n’était « jamais acquis[e] », rappelant qu’« aujourd’hui, dans nos sociétés, ce débat revient » et que « beaucoup se remettent à penser que la peine de mort serait une réponse ». « Beaucoup de gens font semblant de croire que [l’abolition] est une évidence » mais « les risques demeurent dans beaucoup de pays » et « rien n’est acquis », a insisté le chef de l’Etat, en qualifiant ce combat d’« existentiel pour nos sociétés démocratiques ».
Résurgence des exécutions
Le débat ressurgit en France à chaque fait divers qui secoue la société, dernièrement encore avec les meurtres de la petite Lyhanna et du jeune Louis. Plus des deux tiers (68 %) des Français se disent favorables à un référendum sur le rétablissement de la peine de mort pour les crimes qui touchent les enfants, selon un sondage de l’institut CSA pour CNews, Europe 1 et le JDD publié le 14 juin.
Si 114 Etats ont définitivement abandonné la peine capitale, plusieurs pays sont marqués par une « résurgence des exécutions, employées comme outils de répression politique, de contrôle social ou de réponse aux crises sécuritaires », selon l’ambassadrice française pour les droits de l’homme, Isabelle Lonvis-Rome.
Selon l’ONG Ensemble contre la peine de mort (ECPM), organisatrice du congrès, la Chine, l’Iran, l’Arabie saoudite et l’Irak sont les quatre Etats ayant procédé au plus grand nombre d’exécutions en 2024.
Les autorités iraniennes ont exécuté au moins 1 639 personnes en 2025, un nombre sans précédent depuis 1989, selon Iran Human Rights, basée en Norvège, et ECPM.