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Audacieux et politique, le rock de Yard Act soigne sa liberté

Yard Act, électron libre de la scène rock britannique, sort son troisième album, “You’re Gonna Need a Little Music”, ce 17 juillet. Un disque salué par la presse spécialisée pour sa liberté de ton et sa large palette musicale.

Audacieux et politique, le rock de Yard Act soigne sa liberté
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Musique. Audacieux et politique, le rock de Yard Act soigne sa liberté

“À ce stade, soit vous êtes avec nous, soit vous ne l’êtes pas. Alors, vous pouvez vous asseoir, vous taire et écouter… ou éteindre cette merde.” L’avertissement, sans équivoque, ouvre le troisième album de Yard Act sur un premier morceau au titre évocateur : Empty Pledges (“Vaines promesses”).

La presse spécialisée est sortie sonnée de l’écoute de You’re Gonna Need a Little Music, disponible ce 17 juillet, à l’image du magazine américain Glide : “L’album semble se moquer éperdument des tentatives désespérées de rester dans le coup auxquelles la plupart des groupes se livrent lorsqu’ils se retrouvent propulsés au cœur de l’air du temps contemporain.”

Dans The Guardian, Tim Jonze s’arrête lui aussi sur cette apostrophe. Qui parle ainsi à son auditoire aujourd’hui ? s’interroge le critique du quotidien britannique.

Empty Pledges, toujours : “Sur fond de cacophonie d’accords de piano lugubres et de batterie fracassante, le chanteur, James Smith, lance : ‘Je n’ai absolument rien – absolument rien de nouveau à dire !’ Et il ne s’arrête pas là. Smith se lance dans un discours de prédicateur déchaîné pour finalement déclarer : ‘Vous aussi, vous vous sentez comme un imposteur à chaque nouveau palier que vous franchissez ? Vous devez bluffer autant que moi ?’”

Voilà Yard Act, plein d’audace dans son ton mordant comme dans sa liberté musicale.

Ce groupe de Leeds impressionne depuis son surgissement en 2020, quelques mois seulement après sa création par quatre gars originaires de villes sans âmes du nord de l’Angleterre : James Smith (chant), Ryan Needham (basse), Sam Shipstone (guitare) et Jay Russell (batterie).

Ces quatre-là n’étaient absolument pas programmés pour le succès.

Il leur est pourtant tombé dessus dès leur premier single acerbe, Fixer Upper, dans lequel un certain Graham prend possession d’une maison secondaire et regarde de haut le quartier populaire en pleine gentrification où il va s’installer.

Mêlant allègrement un post-punk rugissant à un irrésistible italo-disco, Yard Act est devenu depuis l’un des fers de lance de la scène rock britannique, plaçant son premier opus (The Overload, 2022) à la deuxième place des charts, et le suivant (Where’s My Utopia, 2024) à la quatrième.

À l’heure du troisième acte, le quatuor change encore de pied, applaudit le Guardian, et “explore un éventail éclectique d’influences (Blur, The Prodigy, la disco house, Arctic Monkeys) tandis que Smith se lance dans des jeux de mots plus impressionnistes et surréalistes qu’auparavant”. On y entend aussi des influences nu metal voire du stoner.

“La preuve sonore que Yard Act n’est pas là pour plaire”, se félicite Glide.

C’est leur “album le plus audacieux et le plus abouti musicalement”, renchérit le site britannique spécialisé NME.

Sans doute parce que, pour la première fois, ils l’ont enregistré ensemble en studio et non en travaillant leurs parties chacun de leur côté. À Leeds, évidemment, et à Los Angeles, où Justin Meldal-Johnsen (qui a travaillé avec Beck ou St Vincent) a mis la touche finale à des morceaux nourris de l’énergie du live.

Mais la musique n’est pas tout. Yard Act, ce sont surtout des textes corrosifs et engagés qui dénoncent par l’absurde “le capitalisme effréné, la corruption institutionnelle et une société ancrée dans l’égoïsme”, relève le NME.

Pour Tim Jonze, “leurs textes hilarants et incisifs rappellent ceux de Mark E. Smith [de The Fall] et de Half Man Half Biscuit”.

On pourrait aussi évoquer Jarvis Cocker, de Pulp, ou Mike Skinner, de The Streets, soit des artistes connus pour la manière acerbe dont ils regardent la société britannique.

“Ces onze titres aussienvoûtants qu’inquiétantsne mâchent pas leurs motssur la lutte des classeset la course toujours pluseffrénée à l’ascensiondans les échelonspseudo-sociétaux.”

Le magazine spécialisé américain Glide

Dans les nombreuses interviews qu’il a données, James Smith ne fait pas mystère de son engagement. Chose devenue assez rare dans le rock anglais.

Le NME titre son article sur une sentence bien contemporaine (“Nigel Farage est une entité maléfique qui doit être stoppée à tout prix”) quand dans le Guardian le chanteur défend la position singulière du groupe face au succès : “Nous gardons un pied dans les deux mondes. Je ne suis pas coupé de la réalité comme certaines stars. Je pense que vivre à Leeds contribue beaucoup à garder les pieds sur terre.” Et à sortir des disques qui comptent.—

Matthieu Recarte
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