Au moins 52 morts ont été comptabilisés dans des centres de détention de la police américaine de l’immigration (ICE) depuis le début du deuxième mandat de Donald Trump, en janvier 2025, marqué par des arrestations massives de migrants clandestins, selon un rapport de Human Rights Watch (HRW) et Physicians for Human Rights, publié jeudi 25 juin.
« Au lieu de prendre des mesures pour faire face à cette crise et protéger la vie et la santé des personnes détenues, nous avons vu l’administration (…) soumettre un nombre toujours plus grand de personnes à une détention prolongée », dénonce Reagan Williams, co-autrice du rapport pour HRW, auprès de l’Agence France-Presse (AFP).
Le taux de mortalité entre janvier 2025 et janvier 2026 a augmenté de 140 % par rapport à l’année précédente – une hausse disproportionnée comparée à l’augmentation du nombre de détenus – selon le texte. Ce chiffre est quasiment quatre fois supérieur à celui enregistré sous le précédent président, Joe Biden, et plus de deux fois plus élevé que durant le premier mandat de M. Trump, de 2017 à 2021.
« Il n’y a eu AUCUNE flambée des décès », a répondu un porte-parole du département américain de la sécurité intérieure (DHS), dont dépend ICE, à l’Agence France-Presse (AFP). « Dans la droite ligne des données de la dernière décennie, le taux de mortalité en détention sous l’administration Trump est de 0,009 % de la population détenue. »
L’étude des ONG relève notamment des défauts d’accès aux soins médicaux, s’expliquant en partie par la surpopulation des centres et l’allongement de la détention. Parmi les cas mis en avant figure celui d’un homme de 44 ans originaire d’Ukraine, victime d’un AVC, qui n’a pas reçu les soins appropriés malgré des mouvements semblables à des convulsions.
« Nous observons une abdication sidérante de l’obligation de soin »
Un Mexicain de 39 ans est, lui, mort d’un arrêt cardiaque probablement provoqué par un choc septique, alors que ses demandes de soins pour un abcès infecté n’avaient pas été traitées correctement. Le rapport souligne aussi le nombre élevé de morts par suicide (sept entre janvier 2025 et janvier 2026, contre un seul en 2024).
« Dans les cas où nous avons accès aux dossiers d’ICE et des hôpitaux extérieurs, nous observons une abdication sidérante de l’obligation de soin », commente dans un communiqué Katherine Peeler, professeure à l’école de médecine de l’université Harvard, conseillère auprès de Physicians for Human Rights et co-autrice du rapport.
Le DHS dit, au contraire, « maintenir un niveau de prise en charge supérieur à la plupart des prisons qui accueillent des citoyens américains ». « Pour de nombreux étrangers en situation irrégulière, c’est le meilleur système de santé qu’ils aient eu de toute leur vie », argue l’administration.
Critiquée pour ses méthodes, ICE a connu cette année un changement de direction après notamment la mort par balles de deux citoyens américains qui protestaient contre une opération à Minneapolis.
HRW a mesuré les taux de mortalité entre octobre 2015 et juin 2026 et les a comparés aux chiffres remontant jusqu’à 2004, l’année suivant la création d’ICE. L’organisation a également interrogé les familles, les avocats et les anciens codétenus de personnes décédées. Physicians for Human Rights a évalué le contexte clinique de 39 morts entre janvier 2025 et janvier 2026, ainsi que l’adéquation des soins.