“Alijt Machariusdr., Leyde, 1495 (décapitée). Trijn van der Moelen, Ruremonde, 1522 (probablement étranglée puis brûlée). Thrijn in die Ban, Ruremonde, 1525 (brûlée vive). Kael Merrie, Ruremonde, 1581 (noyée lors d’une ordalie [une épreuve judiciaire médiévale] illégale).”

Ce sont quelques-uns des centaines de noms recensés par la Fondation néerlandaise pour un monument national aux sorcières (Stichting Nationaal Heksenmonument) sur son site. Ils appartiennent à des personnes – des femmes, pour la plupart – condamnées pour sorcellerie et exécutées sur le territoire néerlandais. “Entre le XVe et le XVIIe siècle, au pic des persécutions, précise le quotidien NRC, on estime que 50 000 à 60 000 personnes accusées de sorcellerie ont été tuées en Europe. Et lorsque les autorités ont cessé de brûler des supposées sorcières, des citoyens ont poursuivi.”

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“La chasse aux sorcières est le seul massacre de masse de l’histoire dont on parle encore comme d’un événement rigolo”, s’indigne la Fondation sur son site. Portée par la metteuse en scène Manja Bedner et les autrices Susan Smit et Bregje Hofstede, elle milite depuis 2023 pour l’érection d’un monument à la mémoire des victimes.

Tour aux Rats

Après plusieurs années de campagne, celui-ci s’apprête à voir le jour à Ruremonde, probablement à l’automne, rapporte L1. Le choix de cette petite ville du sud des Pays-Bas ne doit rien au hasard : aucune autre, dans le pays, n’a vu “autant de personnes poursuivies et brûlées après qu’un procès douteux les a déclarées coupables de la maladie ou de la mort de voisins ou de têtes de bétail, souligne le média local. En 1613, 64 personnes accusées de sorcellerie ont été conduites au bûcher, au plus fort des persécutions on en comptait deux par jour.”

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Pour installer le mémorial – dont on ne connaît pas encore les détails, si ce n’est que sa conception a été confiée à l’artiste Marieke van der Meer et qu’il devrait faire 2,5 mètres de haut –, la tour aux Rats (Rattentoren) “semblait être un site idoine”, relate NRC. Car dans ce vestige de l’enceinte de la ville, “à la toiture en forme de ‘chapeau de sorcière’, des personnes accusées de sorcellerie ont été enfermées et torturées”.

Le terrain adjacent ayant abrité un cimetière, l’évêché, qui le possède, a refusé que le monument aux sorcières y soit érigé. La Fondation, “espère donc que la ville indiquera un nouveau lieu d’ici à la mi-mai afin d’y installer le monument pour la fin de l’année.” Si toutefois la collecte de fonds le permet.

Des traces durables

L’un des objectifs est d’éveiller les consciences quant aux conséquences durables de cette période traumatique, explique Manja Bedner à NRC. “D’après elle, par peur de finir au bûcher, les femmes ont adapté leur comportement pour se protéger”, et ce mécanisme “perdure jusqu’à aujourd’hui.”

Pour la Fondation pour un monument national aux sorcières, il s’agit aussi d’établir un lien avec le fléau des féminicides. “À l’époque, commettre un féminicide était très facile, soulève Manja Bedner. Un homme n’avait en quelque sorte qu’à dénoncer une femme pour sorcellerie et l’affaire était pliée.”