Le salaire minimum journalier dans la région métropolitaine de Manille passera à 780 pesos [11 euros] d’ici janvier 2027. La décision a été annoncée mardi 30 juin après l’approbation par commission régionale des salaires d’une augmentation de 85 pesos [1,21 euro] qui sera mise en œuvre en deux tranches.
Une hausse qualifiée d’“historique” par le ministre du Travail, Francis Tolentino, et qui devrait profiter à 1,1 million de travailleurs de la région de la capitale, qui englobe seize villes, précise le quotidien Philippine Star.
Cette augmentation, la plus importante depuis plus de vingt ans, offre un souffle d’air aux travailleurs de la métropole de Manille, asphyxiés par une inflation repartie à la hausse depuis le début de la guerre entre les États-Unis et l’Iran. Selon les dernières données, en mai, la hausse des prix à la consommation s’établissait à 6,8 %, loin des objectifs de 2 à 4 % fixés par la banque centrale des Philippines.
État d’urgence économique
L’inflation a affaibli le pouvoir d’achat de millions de travailleurs, signale le Nikkei Asia. Le gouvernement a d’ailleurs déclenché en mars dernier l’état d’urgence énergétique tant l’archipel était dans une situation économique délicate du fait de sa dépendance aux hydrocarbures du Moyen-Orient.
Dans ce contexte, l’augmentation décidée au niveau régional est un “soulagement significatif” pour ceux qui touchent le salaire minimum, explique au journal John Paolo Rivera, chercheur senior à l’Institut philippin d’études sur le développement (un organisme public).
Pour le député de centre gauche Elijah San Fernando, du parti Kamanggagawa, qui défend des réformes sociales et environnementales, la hausse concédée reste bien en deçà des besoins des travailleurs : “Salamat po’t may P85, pero barya pa rin po ‘yan (merci pour ces 85 pesos, mais ce n’est que de la petite monnaie).” M. San Fernando soutient que le Congrès devait adopter une augmentation légale du salaire journalier de 200 pesos au niveau national, indique le média en ligne Rappler.
Sur le même site d’information, Sonny Africa, directeur exécutif de la Fondation Ibon, regrette d’ailleurs le caractère régional de cette mesure, qui ne profite qu’aux travailleurs de la région métropolitaine de Manille (NCR). Il estime que “les travailleurs de la NCR bénéficient de leur proximité avec le pouvoir : leurs actions collectives ont un impact politique plus immédiat sur Malacañang [siège de la présidence du pays] que celles des travailleurs situés en dehors de cette région”.
Revenu intermédiaire supérieur
La fondation Ibon a d’ailleurs établi une estimation du montant dont une famille de cinq personnes a besoin chaque jour pour vivre décemment. Ce “salaire de subsistance familial” s’élève à 1 279 pesos par jour [18 euros], dans la région métropolitaine de Manille, bien loin du nouveau salaire minimum de 780 pesos.
“Les débats sur le salaire minimum se résument souvent à un bras de fer entre les travailleurs, qui cherchent à faire face à la hausse des prix, et les entreprises, qui mettent en garde contre l’augmentation des coûts salariaux”, indique également Rappler.
L’annonce par la Banque mondiale de la promotion des Philippines dans le groupe des pays à revenu intermédiaire supérieur a été revendiquée par le gouvernement de Ferdinand Marcos comme un succès. “Cela confirme la résilience de l’économie philippine”, a déclaré Arsenio Balisacan, le ministre de l’Économie, de la Planification et du Développement, dans un communiqué de presse. “Malgré les chocs mondiaux et nationaux, nous avons sans relâche poursuivi une croissance inclusive, renforcée nos fondamentaux et maintenu le cap sur notre programme de développement.”
L’économie philippine a connu une croissance moyenne de 5,8 % entre 2021 et 2025, la progression enregistrée dans les principaux secteurs ayant contribué à faire progresser le revenu national brut par habitant de 8,5 % en 2025.
Cette “étape importante” témoigne d’“une croissance économique généralisée, temporise Philippine Star, mais ne signifie pas pour autant que la plupart des Philippins appartiennent désormais à la classe moyenne”.
Inégalité flagrante
“Le statut de pays à revenu intermédiaire supérieur n’est pas synonyme de prospérité généralisée, “alerte Rappler dans un autre article. Le revenu national brut par habitant est une moyenne nationale, et non un indicateur de la répartition des revenus entre les ménages. Il inclut également les revenus perçus par les Philippins à l’étranger, dont les transferts d’argent représentent environ 7 à 8 % du produit intérieur brut. Les 2,74 millions de travailleurs philippins expatriés ont ainsi contribué à faire franchir ce seuil au pays.
Le changement de statut ne doit pas masquer les problèmes structurels de l’économie philippine, poursuit Rappler. D’ailleurs, constate Nepali Times dans un reportage sur Manille, “la pauvreté urbaine est flagrante. Des bidonvilles, des rues délabrées et des familles vivant dans des cabanes coexistent aux côtés de centres financiers modernes.”
Avec un coefficient de Gini élevé, à environ 39,3, les Philippines se classent parmi les pays d’Asie où les écarts de revenu et les inégalités sont les plus importants. L’indice Gini est un indicateur utilisé pour mesurer les inégalités de revenus : un coefficient Gini de 0 signale l’égalité parfaite.