Avec Nelly Saunier, l'art de la plumasserie renaît de ses cendres
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C'est un art que l'on retrouve dans plusieurs régions du monde, vieux de plusieurs siècles, et pourtant peu à peu oublié : celui de la plumasserie – ou le fait de transformer des plumes en objets d'ornement, parures, vêtements et autres créations époustouflantes. En France, cet art connaît aujourd'hui un renouveau, grâce notamment au travail de Nelly Saunier, passée maître d'art et dont les créations peuplent, en ce moment, le château de Josselin en Bretagne et le musée du Quai Branly-Jacques Chirac à Paris.
Ce qui frappe d'abord dans l'atelier de Nelly Saunier, c'est cette immense bibliothèque de près de 6 mètres de haut, où s'empilent des dizaines de boîtes. Seulement ici, pas de livres : que des plumes ! « Je serais incapable de dire combien il y en a, réfléchit Nelly Saunier. Mais je sais qu'il y a ici 350 boîtes de plumes, et qu'elles sont toutes relativement pleines. » Comprendre : il y a ici des milliers de plumes, de toutes les formes, de toutes les tailles, de toutes les textures et de toutes les couleurs, qu'il lui faut sourcer, laver, trier, puis déployer dans leur écrin en attendant de pouvoir les utiliser.
Un univers quasi-magique dont cette plumassière ne se lasse pas : « C'est une passion sans fin, sourit cette pétillante sexagénaire. Même aujourd'hui, je suis toujours surprise par ce que les oiseaux ont à offrir. Il y a une infinité de couleurs, de textures, de nuances… » Plus de quarante ans après ses débuts, Nelly Saunier a toujours des étoiles dans les yeux pour parler de son métier.
Une vocation découverte dès l'adolescence
Pour la plumassière, la révélation s'impose à 14 ans, comme « une évidence » : « Je cherchais un métier, quelque chose que je puisse faire de mes mains. J'ai choisi la plumasserie, qui me reliait à mon univers d'enfance, c'est-à-dire les arbres et les oiseaux. » Peu à peu, Nelly Saunier apprend à donner une seconde vie aux plumes qui l'émerveillent tant, et à les « transcender » en leur donnant une nouvelle forme : vêtements, cadrans de montre, parures de bijoux, chapeaux et autres trompe-l'œil. Pour ce faire, elle manie expertement les cinq outils principaux du plumassier : un couteau tranchant, un couteau émoussé – « pour faire friser les plumes » –, des ciseaux, un réglet et une pince. Même si, ajoute-t-elle avec une pointe de malice, « l'art de la plume permet d'être créatif et d'inventer ses propres outils, ses propres façons de faire. »
Seulement voilà, à l'issue de sa formation, un vrai défi s'impose : à l'époque, l'art de la plumasserie est considéré comme un peu désuet. « Mais moi, j'y ai toujours cru ! », se souvient celle qui, avec le temps, est passée maître d'art. « Alors, comme je préfère le "faire", plutôt que de discourir, j'ai fait : j'ai répondu à des commandes d'horlogers, de designers, de couturiers, de joailliers…, de nombreux domaines où j'ai pu impulser l'idée qu'on pouvait faire vivre l'art de la plume autrement. » Pari réussi : aujourd'hui, parmi les clients de Nelly Saunier, on compte de nombreuses maisons de luxe, de Gucci à Louboutin en passant par Hermès, Givenchy ou Jean-Paul Gaultier. Autant de collaborations qui ont donné une visibilité à l'artisane autant qu'à son art. « J'en vois beaucoup, désormais, qui s'y mettent, sur les réseaux sociaux… Tant mieux, si cela fait des émules ! », s'enthousiasme-t-elle.
L'importance du lien à la nature
Cette réussite donne aussi à Nelly Saunier la liberté de façonner des créations plus personnelles, de véritables œuvres d'art ne répondant à aucun impératif. Des pièces qui incluent toujours un morceau de nature glané au gré de balades en forêt ou en bord de mer : « Je ramasse ce que la nature me donne, et qui est arrivé au bout d'un cycle de vie. » D'où la présence, dans son atelier, de morceaux de bois pétrifié, de galets ou de brindilles. « J'en fais ce que j'appelle des natures transformées », explique-t-elle. Ici, une branche morte devient un tronc d'arbre dont les tiges, faites de barbes de plumes, portent des feuilles aux couleurs excentriques, turquoises, orangées ou vertes. « C'est mon grand dada de jouer avec ce que la nature m'a offert en termes de nuances, de textures, de motifs… Dans mon sujet, les plumes deviennent des fleurs, des feuilles, des pétales, des fruits… tout ce que l'on veut, en fait ! » Entre ses mains, l'oiseau, insaisissable, devient plus proche et révèle une partie de ses secrets. « Ça me fascine, cette histoire d'oiseau. Ça ne me quittera jamais », souffle enfin Nelly Saunier. Avant de revenir à ses plumes, sa manière à elle de tutoyer les cieux.
Nelly Saunier x Jardins, au château de Josselin (Bretagne) jusqu'au 31 août 2026.
Plumes du Paradis, au musée du Quai Branly-Jacques Chirac jusqu'au 8 novembre 2026.
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