C’est le petit matin. Une brise rafraîchissante monte des rives du Tigre. Planté devant une porte dans une rue de Bagdad, une carte à la main, je n’arrive pas à savoir si je suis au bon endroit. Un chat me fixe du haut d’un mur en ruine.

Je cherche la maison d’Isaac Amit, qui a vécu ici jusqu’en 1971. Sa famille a fui l’Irak après l’arrivée au pouvoir du parti Baas [en 1968, voir chrono] et ils ont été parmi les derniers représentants de la communauté juive de Bagdad à quitter la ville. J’ai avec moi le dessin de la maison qu’Amit m’a envoyé. “Je me souviens de chaque recoin, m’a-t-il dit. Je m’en souviens très bien, car je n’ai jamais vécu ailleurs.”

J’aimerais connaître la ville aussi bien qu’Isaac. Devant moi s’étendent des dizaines de maisons délabrées, chacune avec sa propre histoire. Malgré le dessin d’Amit, je ne parviens pas à identifier celle qui fut la sienne. Je continue donc mon chemin.

L’architecture de la ville de Bagdad est extraordinaire : des quartiers Art déco à l’abandon, un gymnase Le Corbusier, et la grande gare construite par les Britanniques [en 1953], qui ont mis à profit toutes les astuces architecturales découvertes sur le sous-continent indien pour s’adapter aux contraintes de la chaleur. Le modernisme du milieu du XXe siècle a en effet prospéré jusque