En direct Samedi 18 Juillet 2026
Géopolitique

Belize-Guatemala, le conflit oublié d’Amérique centrale

Quatrième épisode de notre série d’été « Les frontières inattendues ». Derrière chaque frontière absurde, il y a un moment où des hommes ont décidé du sort de peuples qu’ils ne connaissaient pas. Depuis 1821, le Guatemala revendique la moitié du territoire de son voisin, le Belize

Quatrième épisode de notre série d’été « Les frontières inattendues ». Derrière chaque frontière absurde, il y a un moment où des hommes ont décidé du sort de peuples qu’ils ne connaissaient pas.

Depuis 1821, le Guatemala revendique la moitié du territoire de son voisin, le Belize — un différend hérité de la colonisation britannique et espagnole.

Après deux siècles d’impasse, la Cour internationale de justice de La Haye doit enfin trancher : les audiences sont prévues pour 2026.

C’est l’un des plus anciens différends frontaliers du monde, et l’un des plus méconnus. Depuis deux siècles, un pays d’Amérique centrale en revendique un autre — non pas une portion contestée, mais la moitié de son territoire. Le Guatemala considère qu’une large part du Belize lui appartient. Et ce conflit, longtemps gelé, connaît aujourd’hui un dénouement possible : la Cour internationale de justice s’apprête à trancher une querelle née en 1821.

L’héritage empoisonné des empires

L’origine du litige, comme souvent, est coloniale. Le Belize actuel fut longtemps le « Honduras britannique », seule colonie de la Couronne britannique en Amérique centrale, au milieu d’un environnement hispanophone. Or l’Espagne, puis le Guatemala qui lui a succédé en 1821 lors de son indépendance, ont toujours estimé hériter des droits espagnols sur ce territoire arraché par les Britanniques.

En 1859, Londres et le Guatemala signent un traité censé fixer la frontière, du Rio Hondo au fleuve Sarstoon. Mais ce traité contient une clause empoisonnée : son article 7 prévoit que les deux parties s’emploieront à établir une voie de communication — une route — reliant la capitale guatémaltèque à la côte atlantique. Cette route ne fut jamais construite. Le Guatemala en conclut que le Royaume-Uni n’a pas respecté ses engagements, et donc que le traité de frontière est nul. Dès 1946, Guatemala City tente officiellement de déclarer le traité caduc. La querelle est lancée pour des décennies.

Une route promise et jamais construite : voilà ce sur quoi repose, depuis 1859, la revendication d’un pays sur la moitié d’un autre.

Une indépendance sous tension

Lorsque le Belize accède à l’indépendance en 1981, le contentieux n’est toujours pas réglé. Le Guatemala ne reconnaît son voisin qu’au début des années 1990 — mais sans jamais accepter ses frontières. Guatemala City continue de revendiquer environ 11 000 kilomètres carrés, soit près de la moitié de la superficie bélizienne. Pour un pays minuscule de quelque 400 000 habitants, c’est une menace existentielle permanente.

Les incidents émaillent régulièrement la zone frontalière, en particulier le long du fleuve Sarstoon, au sud, où des vedettes guatémaltèques ont à plusieurs reprises empêché les garde-côtes béliziens de patrouiller dans leurs propres eaux. Le Guatemala revendique d’ailleurs la souveraineté sur l’ensemble du fleuve, ainsi que sur les cayes — ces petits îlots coralliens des eaux béliziennes. Le différend n’est donc pas seulement terrestre : il est aussi insulaire et maritime.

La voie de La Haye

Las de cette impasse séculaire, les deux pays ont fini par choisir le droit plutôt que la force. Après des années de négociations, ils ont convenu de soumettre le différend à la Cour internationale de justice — mais en passant par leurs peuples. Deux référendums ont validé cette voie : le Guatemala a voté « oui » en avril 2018, le Belize à son tour en mai 2019, à 55 % des voix.

Depuis, la procédure suit son cours à La Haye. Les mémoires écrits ont été échangés, et les audiences orales sont attendues pour 2026, un arrêt devant suivre dans l’année. Le Guatemala a déposé un dossier en huit volumes réclamant tout le territoire au sud du fleuve Sibun — soit une partie du district de Cayo et la totalité des districts de Stann Creek et Toledo. Le Belize, de son côté, se dit confiant : ses juristes estiment la revendication guatémaltèque sans fondement au regard du droit international, le traité de 1859 demeurant selon lui un traité de frontière valide et ratifié.

Ce que ce conflit révèle

L’affaire Belize-Guatemala illustre une dimension singulière de notre série. Ici, la frontière contestée n’est pas le fruit d’un trait tracé arbitrairement par une puissance lointaine, mais d’un désaccord sur l’interprétation d’un vieux traité colonial — et, surtout, sur la légitimité même de la présence britannique en terre hispanique. Le différend oppose moins deux peuples que deux mémoires impériales rivales, celle de Madrid et celle de Londres, dont les héritiers continuent de se disputer la succession deux siècles plus tard.

Elle montre aussi une autre manière de régler les litiges frontaliers : non par la guerre, comme la ligne Durand, ni par le fait accompli, mais par le recours au droit international. Si la Cour de La Haye parvient effectivement à clore en 2026 une querelle ouverte en 1821, ce sera la démonstration qu’une frontière héritée de l’arbitraire colonial peut, parfois, trouver une issue pacifique. Reste une inconnue de taille : les deux pays se sont engagés à respecter le verdict, quel qu’il soit. L’histoire dira si la parole donnée résiste à la déception du perdant. Car c’est toujours là, au moment d’accepter la ligne tracée par d’autres, que se jouent la guerre et la paix.

Prochain épisode : la ligne de contrôle au Cachemire, la frontière nucléaire.

Article précédent ECOSOC | Sandra Paulémon « porte la voix d’Haïti », affirme … Article suivant L’agriculture cubaine à l’arrêt

Commentaires (0)

Laisser un commentaire

0 / 2000 caractères

Aucun commentaire. Soyez le premier !