Le fossé semble se creuser davantage entre les États-Unis et Israël depuis le cessez-le-feu conclu le 8 avril avec l’Iran, sur fond d’intérêts divergents. Selon plusieurs médias, le président américain et le Premier ministre israélien ont eu un entretien téléphonique tendu mardi soir, après la décision de Donald Trump d’accorder une nouvelle chance aux efforts diplomatiques et d’attendre encore quelques jours la “bonne réponse” de la part de Téhéran.
Selon une source américaine citée par le média Axios, “Bibi [le surnom donné à Benyamin Nétanyahou] était furieux après l’appel”. Trump lui aurait indiqué que “les médiateurs travaillaient sur une ‘lettre d’intention’ que les États-Unis et l’Iran signeraient afin de mettre officiellement fin à la guerre et d’entamer une période de négociations de trente jours sur des questions telles que le programme nucléaire iranien et l’ouverture du détroit d’Ormuz”.
Une perspective qui a suscité l’ire de Nétanyahou, d’autant qu’une relance des attaques contre Téhéran était prévue dès mardi, écrit sur son site la chaîne américaine CNN. “Dimanche, lors d’un entretien, Trump a indiqué qu’il envisageait de lancer de nouvelles frappes ciblées contre l’Iran en début de semaine”, avant d’annoncer, vingt-quatre heures plus tard, la poursuite de la médiation, “à la demande de ses alliés du Golfe, notamment le Qatar, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis”.
Divergence manifeste
Face à cette énième volte-face du locataire de la Maison-Blanche − il avait notamment lancé l’opération Projet liberté afin de débloquer le détroit d’Ormuz avant de la suspendre moins de quarante-huit heures plus tard −, Nétanyahou aurait fait part de sa déception, qualifiant d’“erreur” le report des frappes et “insistant pour une reprise de l’offensive militaire”, rapporte CNN. “La divergence entre les deux hommes était manifeste.”
Depuis le début du conflit, le Premier ministre israélien plaide pour une approche plus agressive face à Téhéran, sans cacher son objectif annoncé de renverser le régime islamique en place depuis 1979. Durant les quarante jours de guerre, il a d’ailleurs appelé à plusieurs reprises la population iranienne à se soulever contre le pouvoir. Quant à Donald Trump, connu pour son pragmatisme et sa diplomatie transactionnelle, il espère depuis le 8 avril conclure un “deal” en vertu duquel Téhéran s’engagerait à suspendre son programme nucléaire et rouvrirait le détroit d’Ormuz.
Selon The Wall Street Journal, l’échange de mardi a ainsi mis en lumière “les intérêts divergents des deux alliés quant à la fin de la guerre”.
“Trump cherche à mettre un terme à un conflit économiquement coûteux et impopulaire aux États-Unis. Israël espère reprendre la campagne de bombardements là où elle s’était arrêtée […] et infliger des dégâts plus importants afin d’affaiblir un régime qu’il perçoit comme une menace existentielle”, résume le quotidien américain.
Coercition triangulaire
Mais dans l’équation à multiples variables qu’est la guerre en Iran, l’influence des pays du Golfe sur la Maison-Blanche n’est pas à négliger, estime de son côté l’analyste Amine Ayoub dans le quotidien israélien Yediot Aharonot. “L’opération militaire […] programmée pour mardi matin a été annulée non pas par la négociation ni par des concessions iraniennes, mais par les pays mêmes qui subissent de plein fouet” les représailles iraniennes, ajoute-t-il.
C’est là où réside la réussite de l’Iran dans ce confit asymétrique, estime de son côté The New York Times. En adoptant une stratégie de “coercition triangulaire” − blocage du détroit d’Ormuz et frappes contre les pays du Golfe −, Téhéran est parvenu “à renverser la situation face à ses adversaires plus puissants, instaurant une sorte d’impasse”, souligne le quotidien américain, ce qui a forcé Washington à négocier selon de nouveaux termes, voire divisé les alliés entre eux.
La trêve entre les États-Unis et l’Iran menacée par la flambée de violence dans le Golfe
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