Une manifestation a rassemblé quelques centaines de personnes, samedi 11 juillet après-midi, à Oisy-le-Verger (Pas-de-Calais), pour protester, sous un soleil de plomb, contre le chantier du canal Seine-Nord Europe, une infrastructure d’ampleur qui doit relier la Seine en région parisienne aux grands ports du nord de l’Europe.
Ses opposants dénoncent la flambée des coûts, ses conséquences environnementales et doutent de la promesse d’un report massif du transport routier vers le fluvial. « C’est un canal qui est hyper cher » et « destructeur de l’environnement, autant pour les espèces que pour le cycle de l’eau », a dénoncé Claire Aubois, porte-parole des Naturalistes des Terres et du collectif Méga Canal Non Merci, appelant à arrêter le chantier. « Laisse béton, stop à la bétonnisation », « l’eau pour la vie, pas pour leurs profits », pouvait-on lire sur des banderoles.
Le futur canal, infrastructure de 107 kilomètres de long sur 54 mètres de large, a pour objectif de créer, d’ici à 2032, une liaison fluviale à grand gabarit pour faciliter le transport de marchandises entre la Seine et les grands ports de la mer du Nord.
Un projet non « viable » à l’heure du réchauffement climatique
Mais pour Stéphanie Bocquet, secrétaire régionale des Ecologistes du Nord-Pas-de-Calais, il y a des « doutes sur le report modal », des bateaux vers les camions. Elle appelle à mettre en place un « moratoire, se poser et réfléchir ». Le député nordiste de La France insoumise (LFI) Aurélien Le Coq a dénoncé un « méga scandale » qui servirait « les intérêts de l’agro-industrie » en fonctionnant comme une autoroute fluviale.
Anne Stambach-Terrenoir, députée LFI de Haute-Garonne, également présente, a renchéri en décrivant un projet non « viable » à l’heure du réchauffement climatique : « L’aménagement du territoire, on doit le penser à l’aune de ce que nous vivons aujourd’hui, qui est une urgence écologique comme l’humanité n’en a jamais pensé. »
La manifestation, organisée notamment par le collectif Méga Canal Non Merci, les Soulèvements de la Seine et de la Terre, Extinction Rebellion et la Confédération paysanne, s’est lancée en musique, encadrée par une forte présence policière. Près de 900 membres des forces de l’ordre étaient déployés, selon la préfecture.
Manifestation et village militant
Une première proposition de trajet de cette manifestation, qui passait plus près du chantier, avait été recalée par les autorités, mais un autre itinéraire a été validé in extremis vendredi.
Le chantier du canal a été lancé en 2022 après des dizaines d’années de concertation, a rappelé cette semaine à l’Agence France-Presse (AFP) Jean-Yves Dareaud, directeur de territoire Artois-Cambrésis à la Société du Canal Seine-Nord Europe (SCSNE). Mais « on reste naturellement à l’écoute de toutes les parties prenantes », a-t-il ajouté.
Un village militant « associatif et festif » a été installé en parallèle jusqu’à dimanche à Villers-au-Tertre (Nord), avec tables rondes, ateliers et concerts.
En octobre dernier, plus d’un millier de personnes avaient déjà manifesté dans l’Oise pour appeler à stopper le chantier du canal. La marche s’était déroulée dans le calme et, là encore, sous haute surveillance des forces de l’ordre.