Du 30 au 31 juillet, plus de 50 000 personnes ont tenté de passer du Maroc à l’enclave espagnole de Ceuta, l’une des rares frontières terrestres de l’Union européenne en Afrique. Au moins 72 d’entre elles sont mortes [selon les autorités espagnoles], et le bilan pourrait s’alourdir.
L’épisode a révélé de graves défaillances dans la gestion de la frontière, l’aide humanitaire et la coopération du Maroc avec l’Espagne. Il ne justifie pourtant pas l’idée, reprise par plusieurs dirigeants européens et étrangers, d’une « invasion » de l’Europe.
En quarante-huit heures, les autorités espagnoles et marocaines avaient rétabli l’ordre. Plus de 48 000 personnes ont été renvoyées au Maroc. Celles qui sont restées étaient surtout des mineurs non accompagnés ou des personnes dont le dossier était encore en cours d’examen. Personne n’a gagné l’Espagne continentale, et les arrivants à Ceuta ne pouvaient poursuivre vers l’espace Schengen. L’épisode survenu dans l’enclave fut une crise meurtrière à une frontière extérieure de l’Europe, non l’effondrement de ses frontières.
Pourtant, de nombreux dirigeants européens l’ont traitée comme un événement d’une tout autre ampleur. Une perte de contrôle temporaire est devenue un test pour un principe central du projet européen : la pression exercée sur une frontière extérieure relève d’une responsabilité commune. Beaucoup de gouvernements ont échoué à ce test.
Le chef du Parti populaire européen [droite], Manfred Weber, a lié l’épisode à l’« appel d’air » créé, selon lui, par le programme espagnol de régularisation. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a jugé la situation « inacceptable » et réclamé des renvois rapides, tout en offrant d’abord peu de soutien politique à Madrid et en s’exprimant peu sur le rôle du Maroc. L’Italie a rétabli des contrôles pour les personnes arrivées d’Espagne. La présidente du conseil italien, Giorgia Meloni, et la première ministre danoise, Mette Frederiksen, ont été à l’initiative d’une lettre signée par 22 dirigeants de l’Union européenne accusant la récente ouverture espagnole à la régularisation d’avoir nourri la crise. Le Danemark, la République tchèque et la Finlande ont même soutenu l’exclusion de l’Espagne de la libre circulation.
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