La visite d’État du président américain en Chine est assurément un des événements diplomatiques les plus importants de ces derniers mois. Ceux qui sont les deux dirigeants les plus puissants de la planète vont se rencontrer, et pourtant, ce mercredi 13 mai, un troisième homme a presque volé la vedette à Donald Trump et Xi Jinping. Il s’agit du secrétaire d’État américain, Marco Rubio, dont la présence même dans ce déplacement est en quelque sorte surprenante.

En effet, contextualise depuis Hong Kong le South China Morning Post, “au cours de ses quatorze années au Sénat, Rubio s’est forgé une réputation de critique virulent de Pékin et a qualifié à maintes reprises la Chine de menace pour les intérêts américains”. De ce fait, note le média anglophone, “il a été sanctionné à deux reprises par Pékin en 2020, en représailles aux mesures américaines qui ont visé des responsables chinois”. Ce genre de sanctions interdisent généralement l’entrée en Chine, mais alors, comment le secrétaire d’État a-t-il pu accompagner Donald Trump dans son voyage ?

À lire aussi : Vu des États-Unis. “Il est comme ça, il veut un deal” : Trump est-il trop tendre avec la Chine ?

L’escamotage, très subtil, a été concocté par Pékin, qui, une fois Rubio nommé à son nouveau poste, a commencé à adopter une différente translittération de son nom de famille plutôt que de lever les sanctions. Celui-ci était transcrit précédemment par le gouvernement et les médias officiels 卢比奥 (lú bǐ ào), mais est ensuite devenu 鲁比奥 (lǔ bǐ ào), avec donc un changement du premier caractère.

“Deux diplomates ont déclaré à l’agence de presse AFP qu’ils pensaient que la Chine avait procédé à ce changement parce que Rubio faisait l’objet de sanctions, dont une interdiction d’entrée sur le territoire, sous la translittération précédente de son nom”, rapporte le quotidien britannique The Guardian. Une reconstruction des faits qui n’a évidemment pas été confirmée par le ministère des Affaires étrangères chinois, même si ce dernier n’a pas non plus démenti avec force.

Nike Tech gris “à la Maduro”

Marco Rubio a donc été au centre de l’attention pour ce changement d’écriture de son nom ce 13 mai, mais pas seulement. Le secrétaire d’État a aussi défrayé la chronique pour son style vestimentaire. “Au lieu de la tenue de cérémonie sur mesure que l’on attend généralement d’un haut diplomate, Rubio est apparu vêtu d’un survêtement Nike gris à bord d’Air Force One, en route pour Pékin, retrace un autre article du South China Morning Post. Une tenue que les utilisateurs des réseaux sociaux ont rapidement surnommée le ‘look de l’arrestation de Maduro’.”

En effet, le survêtement qu’a porté le secrétaire d’État à bord de l’avion présidentiel américain est un Nike Tech gris, à peu près le même que portait le président du Venezuela à bord d’un navire de la marine américaine après qu’il avait été capturé. Et il ne s’agit pas là d’une erreur puisque, comme le note le média de Hong Kong, c’est le directeur de la communication de la Maison-Blanche qui a publié mercredi la photo du chef de la diplomatie portant cette tenue. Le cliché était d’ailleurs accompagné de la légende suivante : “Le secrétaire d’État Rubio porte fièrement le Nike Tech ‘Venezuela’ à bord d’Air Force One !”

Une stratégie de communication singulière, surtout dans le contexte d’un voyage diplomatique dans un pays qui, conclut le média anglophone, “avait vivement condamné l’arrestation de Maduro par les États-Unis, affirmant qu’elle constituait une violation du droit international et menaçait la paix et la sécurité en Amérique latine”.