Charles III a prononcé, mercredi 13 mai, le traditionnel discours du trône à Westminster, énumérant les priorités législatives du gouvernement travailliste. Ce rituel immuable de la vie politique britannique, qui marque l’ouverture d’une nouvelle session parlementaire, contraste avec les turbulences autour de l’avenir du premier ministre, Keir Starmer.
La fastueuse cérémonie du discours du trône a eu lieu après plusieurs jours chaotiques pour le dirigeant travailliste, appelé à la démission par 86 députés de son camp − sur un total de 403 −, à la suite d’élections locales marquées par la percée historique de l’extrême droite la semaine dernière et de nombreuses polémiques.
Quatre secrétaires d’Etat ont quitté leurs fonctions mardi en signe de défiance. Les syndicats affiliés au Parti travailliste ont aussi retiré leur soutien à M. Starmer. « Il va falloir mettre en place un plan pour l’élection d’un nouveau dirigeant », ont-ils expliqué.
Le chef du gouvernement a reçu, tôt mercredi matin, le ministre de la santé, Wes Streeting, qui apparaît depuis des mois comme étant l’un de ses principaux rivaux. La rencontre a duré moins de vingt minutes et M. Streeting est parti sans faire de commentaires.
Projets de loi
Keir Starmer a pourtant assuré mardi vouloir « continuer à gouverner », et plus de 110 députés du Labour lui ont apporté leur soutien dans une lettre, estimant que « ce n’[était] pas le moment d’engager une procédure de contestation de la direction » du parti. Le Royaume-Uni « se trouve à un moment charnière : aller de l’avant avec un plan pour bâtir un pays plus fort et plus juste ou revenir au chaos et à l’instabilité du passé », a déclaré M. Starmer, cité dans un communiqué diffusé mardi soir par Downing Street.
« Un monde de plus en plus dangereux et instable menace le Royaume-Uni, le conflit au Moyen-Orient n’en étant que l’exemple le plus récent », a souligné Charles III dans le discours du trône. Ce discours, écrit par le gouvernement, permet à ce dernier de présenter les projets de loi qu’il souhaite introduire dans les douze mois à venir. Plus de 35 textes ont été présentés, sur des sujets aussi variés que la nationalisation du sidérurgiste British Steel, les énergies vertes ou un rapprochement avec l’Union européenne.
Parmi les autres mesures prévues figurent l’abaissement de l’âge du droit de vote à 16 ans et la réforme du système du droit d’asile, à un moment où le nombre total des migrants ayant traversé la Manche sur des bateaux de fortune vient de dépasser 200 000 depuis le début des comptages, en 2018. Mais la quasi-totalité de ces mesures avait déjà fait l’objet d’annonces du gouvernement. Aucune nouveauté n’est sortie du discours.
Multiples rituels
Charles III s’est prêté à cet exercice aux multiples rituels − arrivée en carrosse, avec couronne et tenue d’apparat − pour la troisième fois depuis son accession au trône en septembre 2022. En tant que monarque, il est tenu à une stricte neutralité politique. Il s’est exprimé assis sur un trône doré dans la Chambre des lords, la chambre haute du Parlement, aux côtés de son épouse Camilla.
Cette intervention solennelle s’est déroulée dans le respect de traditions perpétuées depuis des siècles. Avant l’arrivée du roi au palais de Westminster, des gardes royaux ont ainsi fouillé les caves à la recherche d’explosifs, un héritage de la tentative ratée des catholiques de faire sauter le bâtiment en 1605. Conformément à l’usage, un député a symboliquement été retenu en otage au palais de Buckingham afin d’assurer le « retour sain et sauf du roi ».