Ivan Cepeda, le candidat de la gauche colombienne qui s’est incliné de justesse au second tour de la présidentielle, a lancé lundi un appel au calme au lendemain de violences qui ont émaillé les rassemblements contre la victoire du candidat de droite dure, Abelardo de la Espriella.
« Je souhaite lancer un appel très cordial au sang-froid et au calme », a déclaré Ivan Cepeda lors d’une conférence de presse, toute manifestation doit « rester strictement dans les limites de la sérénité et de la mobilisation pacifique ».
M. Cepeda n’a pas encore reconnu sa défaite, attendant la fin du dépouillement. Mais avec 49,7 % des voix, contre 48,7 % pour le sénateur de gauche, l’avocat millionnaire M. de la Espriella, admirateur des présidents populistes du Salvador, Nayib Bukele, d’Argentine, Javier Milei, et soutenu par Donald Trump, possède 250.000 voix d’avance qui ne pourraient être comblées par son rival.
L’officialisation du résultat est attendue mercredi. Tout en appelant à la retenue, M. Cepeda a également mis en garde son rival contre toute tentative d’attiser les tensions. Ses partisans, a-t-il prévenu, sont « très nombreux » et représentent « la moitié du pays sur le plan politique ».
« Nous avons une longue histoire de résistance, et nous sommes aguerris ; nous avons vaincu de nombreux gouvernements autoritaires, de nombreux politiciens violents. Donc non, qu’il ne vienne pas nous menacer, il ne nous fait pas peur, ni ses rugissements, ni ses hurlements », a-t-il martelé.
A l’issue de la publication de ces résultats dimanche soir, des rassemblements à Bogota ou à Cali, troisième ville du pays, ont viré à l’affrontement avec la police. A Cali, dans le sud-ouest du pays, une marche qui avait débuté pacifiquement, avec de la musique indigène, a ainsi dégénéré en affrontements entre certains manifestants au visage couvert et la police antiémeute, qui a utilisé des gaz lacrymogènes contre la foule, ont constaté des journalistes de l’Agence France-Presse (AFP).
Au moment où Abelardo de la Espriella prononçait un discours triomphal dans la ville caribéenne de Barranquilla, la troisième plus grande ville du pays, des manifestants hostiles ont aussi brûlé des pneus et des drapeaux américains.
A Bogota, des centaines d’autres personnes, pour la plupart de jeunes manifestants drapés de drapeaux colombiens, se sont rassemblées devant l’Université nationale, symbole de l’enseignement public dans le pays. Dans la capitale, les manifestations ont aussi tourné à la violence, certaines personnes incendiant des barricades et lançant des projectiles sur la police, qui a utilisé des gaz lacrymogènes.
Abelardo de la Espriella menace de « mordre plus fort »
D’autres manifestants posaient à côté d’un char à l’effigie d’Ivan Cepeda, son rival de gauche malheureux, tandis que le son des klaxons mêlés au vrombissement de motos et aux cris scandant « Résistance ! » emplissaient l’air. Certains électeurs se sont dits convaincus de possibles irrégularités tout au long du processus électoral.
Dimanche soir, face à des milliers de partisans à Barranquilla, sur la côte caraïbe au nord, M. de la Espriella avait menacé son rival s’il venait à « encourager la violence » : « Cepeda, vous savez déjà à quel point le tigre mord fort. Et je vais vous dire quelque chose. Le tigre peut encore mordre plus fort qu’il ne l’a fait dans les urnes », a-t-il lancé sous les ovations.
« Le Tigre », surnom du président élu, a connu une ascension fulgurante avec un discours virulent contre les guérillas. Il promet la sécurité après une campagne marquée par des attentats à la bombe et l’assassinat d’un candidat de la présidentielle.
Pendant sa campagne, il a appelé à « éventrer » la gauche, avant d’ensuite modérer ses propos. Son discours de dimanche a adopté un ton conciliant, promettant de respecter les principes démocratiques et de gouverner pour « tous les Colombiens ».
Le nouveau président est également un partisan de la fracturation hydraulique, un procédé d’extraction de gaz et de pétrole nocif pour l’environnement et qui constitue une ligne rouge pour de nombreux électeurs de gauche.