Le courant est revenu à Cuba. L’ensemble de l’île est reconnecté au réseau électrique national, depuis vendredi 15 mai, après une coupure massive qui avait affecté, la veille, sept des 15 provinces de l’île en proie à une grave crise énergétique. « Le système électro-énergétique national est rétabli », a annoncé la compagnie nationale d’électricité, UNE.
Des délestages se poursuivent en raison de la capacité limitée de production d’électricité. Et la centrale thermoélectrique Antonio Guiteras, située à une centaine de kilomètres de La Havane et première source d’électricité du pays, est toujours hors service depuis l’annonce d’une panne, jeudi.
Cuba est confrontée à une profonde crise énergétique depuis mi-2024, aggravée par le blocus pétrolier imposé par les Etats-Unis. La situation du réseau électrique est rendue critique alors que le pays est à sec. Mercredi, le ministre de l’énergie et des mines avait déclaré que l’île n’avait plus « du tout de fioul et plus du tout de diesel » pour les groupes électrogènes qui complètent la production électrique des sept centrales thermoélectriques du pays. Il avait également dit que les 100 000 tonnes de brut du pétrolier russe autorisé à accoster fin mars étaient « épuisées ».
Les délestages à répétition, pouvant durer plus d’une vingtaine d’heures, provoquent l’exaspération des habitants qui ont protesté en frappant sur des casseroles ou en incendiant des poubelles. La Havane accuse Washington d’être responsable de la situation critique du réseau électrique, tandis que les Etats-Unis estiment que la crise énergétique cubaine provient d’une mauvaise gestion économique interne.
Aide américaine, sous conditions
Donald Trump a signé fin janvier un décret présidentiel stipulant que l’île, située à 150 kilomètres des côtes de Floride, représentait une « menace extraordinaire » pour les Etats-Unis. Washington a ainsi justifié le durcissement des sanctions contre La Havane, déjà soumis à un embargo depuis 1962, et notamment l’imposition d’un blocus pétrolier de facto contre l’île depuis janvier. Donald Trump avait alors menacé de représailles tout pays souhaitant fournir ou vendre du pétrole à l’île caribéenne.
Face à la complexité de la crise énergétique, le gouvernement cubain a accepté, jeudi, d’examiner une proposition d’aide américaine de 100 millions de dollars (86 millions d’euros environ) qui impose que ce soutien soit distribué par l’Eglise catholique, sans passer par le gouvernement communiste. Estimant qu’une telle aide, si elle remplit les « standards » internationaux de l’aide humanitaire, ne rencontrerait « pas d’obstacles » de la part du gouvernement cubain, le président Miguel Diaz-Canel a cependant jugé qu’une levée du « blocus » serait une façon « plus simple » d’aider l’île.
Le directeur de la CIA, John Ratcliffe, s’est rendu jeudi à La Havane pour une réunion exceptionnelle avec de hauts responsables. Les autorités cubaines ont précisé que cette rencontre visait à « contribuer au dialogue politique » entre les deux adversaires idéologiques qui, malgré de fortes tensions, poursuivent leurs échanges.
Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, né de parents cubains et féroce contempteur du gouvernement de La Havane, avait, lui, déclaré, mercredi soir, que les dirigeants cubains devaient changer. « C’est une économie ruinée et dysfonctionnelle, et il est impossible de la changer. J’aimerais qu’il en soit autrement », a-t-il déclaré sur la chaîne Fox News.